Violences
xénophobes en Afrique
du Sud: 13.000 déplacés,
Mbeki
appelle au calme.
Par Fran BLANDY AFP - Mardi
20 mai, 17h45JOHANNESBURG
(AFP) -
Une vague de violences contre
les immigrés en Afrique
du Sud a forcé au moins
13.000 personnes à
fuir les quartiers pauvres
de Johannesburg, a indiqué
l'Onu mardi, le président
sud-africain Thabo Mbeki appelant
à mettre fin à
cette démonstration
"honteuse" de xénophobie.
Les appels à une intervention
de l'armée se sont
multipliés, bien que
la police ait indiqué
avoir procédé
à environ 300 arrestations
depuis le début des
attaques le 11 mai dans le
township d'Alexandra, mitoyen
du quartier financier de Sandton.
L'Office des migrations internationales
(OIM) a publié une
première évaluation
du nombre de déplacés
par ces violences, qui se
sont étendues à
de nombreux bidonvilles de
la capitale économique
sud-africaine.
"Treize mille personnes
ont dû fuir leurs maisons,
pour se réfugier dans
des églises, des centres
paroissiaux, la plupart sans
rien emporter avec eux",
a déclaré Jean-Philippe
Chauzy, porte-parole de l'agence
onusienne à Genève.
L'explosion de violence,
qui a fait plus d'une vingtaine
de morts, a mis à mal
les ressources de la police
dans une ville connue pour
sa criminalité parmi
les plus élevées
du monde.
La situation semblait se
calmer mardi, mais la tension
restait palpable dans certains
bidonvilles où rodaient
des foules armées de
haches et de machettes et
où il y a encore eu
plusieurs dizaines de blessés.
"Les citoyens d'autres
pays d'Afrique et au-delà
sont des êtres humains
comme nous et méritent
d'être traités
avec respect et dignité",
a déclaré Mbeki,
longtemps exilé dans
les pays voisins sous l'apartheid.
Il a souligné que
l'Afrique du Sud n'était
"pas une île séparée
du continent", promettant
que la police réagirait
"avec les moyens appropriés"
contre les auteurs des violences.
Un syndicat important et
la Commission des droits de
l'Homme sud-africaine ont
toutefois jugé indispensable
de recourir à l'armée.
"Nous devons examiner
si nous sommes au moins prêts
à discuter d'un éventuel
déploiement de l'armée.
Cela semble drastique, mais
nous sommes confrontés
à une situation explosive,
imprévisible et très
dévastatrice",
a déclaré Jody
Kollapen, directeur de la
Commission.
"L'Etat devrait déployer
l'armée pour contrôler
la terrible situation dans
laquelle se trouvent des immigrés
pauvres et dans une certaine
mesure des habitants locaux",
a ajouté Oupa Komane,
vice-secrétaire général
du Syndicat national des mineurs.
Lors d'une visite dans les
quartiers les plus affectés,
le ministre de la Sécurité,
Charles Nqakula, a promis
que les policiers "agiraient
très sévèrement
et de manière précise
parce que nous ne voulons
pas que cela se propage à
d'autres zones".
A Reiger Park, où
plusieurs personnes avaient
été brûlées
vives lundi, un photographe
de l'AFP a vu la police tirer
des balles en caoutchouc sur
quelque 400 personnes munies
de machettes et de gourdins.
Dans le centre-ville, la
police a dispersé environ
200 Nigérians, identiquement
armés, qui menaçaient
de se venger sur des Sud-Africains.
Le bilan officiel restait
mardi à 22 morts, mais
l'agence sud-africaine Sapa
a fait état d'un nouveau
décès et de
nouvelles attaques.
Confrontés à
40% de chômage et 43%
de pauvreté, de nombreux
Sud-Africains accusent les
immigrés de prendre
des emplois et d'être
responsables de la criminalité,
dont les Zimbabwéens,
qui ont fui la crise politico-économique
dans leur pays et sont estimés
à trois millions.
La police a affirmé
avoir "une relation de
partenariat avec (l'armée):
Aussi, si nous ressentons
le besoin de faire appel à
elle, nous n'hésiterons
pas".
Le chef du gouvernement de
la province du Gauteng, où
se trouve Johannesburg, Mbhazima
Shilowa, a salué le
déploiement de forces
de police supplémentaires.
"J'espère que
cela contribuera à
reprendre le contrôle
de la situation sans faire
intervenir l'armée",
a-t-il dit.