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Tribune du mois

C . P . R
Congrès Panafricain pour le Renouveau Démocratique en Côte d'Ivoire

1- Les grands principes justifiant la redistribution équitable des ressources en démocratie

Exiger la redistribution équitable des ressources collectives est un droit pour le citoyen tout comme l'obligation de saine gestion de celles-ci est un devoir pour le politique.

Ce droit naturel inaliénable s’appui sur des faits généraux, des principes et des normes sociétales qu’il convient de relever.

Ces principes sont sensés être connus et partagés par tous ceux qui vivent sur l’espace d’un pays donné.

Un contrat social, parfois explicite ou implicite, impose le respect de ces principes à tous les gouvernants ainsi qu’à tous les gouvernés.

Le non-respect de ces principes ou normes sociales, est la cause de conflits légitimes qui doivent être déclenchés par les administrés, pour exiger le respect de la norme en matière de redistribution des ressources communes, car nul n’a le droit de garder pour soi ce qui appartient à tous.

De la même manière, nul n’a le droit d’exclure des individus de la gestion du bien commun sur la base de critères arbitraires ou de critères autres que, l’honnêteté, le mérite et la compétence.

Le conflit, l’insurrection ou la crise politique pris dans ce sens ne sont pas des mauvaises choses, car ils visent la redéfinition de règles de vie en communauté, lorsque celles-ci sont violées par une des parties qui abuse de sa position.

L’insurrection peut donc être vue comme un mécanisme de régulation social.

Quand des individus dans une société sont abusés dans leurs droits de citoyens, c’est un droit et un devoir pour eux de s’insurger pour le rétablissement de ces droits.

Car, souvent de l’équilibre de la terreur naît le droit.

Le citoyen ou sujet politique doit pour s’insurger, appuyer sa revendication sur des faits justes et légitimes.

Il doit se baser sur des violations de la norme c'est-à-dire, la rupture du contrat social et non sur des ressentiments d’ordre affectif et émotionnel.

Quels sont donc les principes et faits sur lesquels s’appuie le contrat social dont la rupture est la cause de l’insurrection populaire légitime?

Avant de répondre à cette question, il convient d’apporter des éclaircissements sur l’esprit et le principe même qui fondent le contrat social.

Le combat pour la redistribution des ressources s’appui sur le principe selon lequel, « ce qui appartient à tout le monde, doit profiter à tout le monde ».

Ceci est un postulat de base et un principe qui doit guider la gestion de la chose publique. Le non-respect de ce postulat est une source de frustrations qui peut être à la base de soulèvements sociaux.

Cette précision étant faite, nous pouvons aborder les principes et faits au cœur de l’esprit du contrat social en rapport avec la vie des cités et la vie dans les cités.

Le premier fait ou principe général que l’on peut évoquer est celui selon lequel l’on ne choisi pas son lieu et son époque de naissance.

À ce niveau, tout le monde peut faire l'observation qui est une évidence selon laquelle l’on ne demande nullement l'avis de personne avant de le concevoir.

L'individu n'a pas la possibilité de choisir ni ses géniteurs, ni le temps, encore moins le lieu de sa naissance.

On voit donc que sans son accord préalable, chaque homme est rattaché à une famille, à une tribu ou ethnie, à une langue, à un peuple ou à un pays.

S'il est vrai que l'individu peut à posteriori, faire la démarche de changement de nationalité pour en acquérir une autre, différente de celle de son pays de naissance, il n'en demeure pas moins que l'on reste rattaché par des facteurs antérieurs à notre naissance à une communauté humaine vivant sur un espace géographique.

Être né quelque part est donc un fait de hasard comme le dit si bien une chanson populaire française.

Ceci est une réalité de la vie : nul ne choisi son pays de naissance.

A moins de faire le choix de l'exil, les humains sont contraints de vivre avec d'autres individus dont la présence leur est imposée par la dimension d'animal social de l'être humain.

De ce fait, il découle que les rois tout comme les sujets n’ont pas choisi de naître où ils sont nés. Aussi, aucun d’entre eux ne devrait normalement, avoir plus de droit que son compatriote, par le simple fait de sa naissance dans une famille donnée.

Les gens qui naissent sur la même terre doivent avoir les mêmes droits.

Sur la base de quel argument rationnellement viable, pourrait-on donner plus de droit à un individu au détriment d'un autre qui tout comme lui, n'a pas choisi de naître sur un espace géographique donné, lorsque tous les deux contribuent au même titre en tant que citoyens, en payant leurs impôts et taxes directes ou indirectes?

On sait par expérience d'ailleurs que dans un pays, ceux qui ont tendance à se donner plus de droits, sont ceux qui sont enclins à ne pas contribuer et à s'auto-exonérer de contribution sociale.

Le second fait ou principe général que j'évoque est celui selon lequel l'être humain naît dans la nature, dans un espace géographique donné.

Cet espace géographique borné par des frontières, est préexistant à sa naissance.

Ce lieu, en fonction de l'échelle que l'on considère, est soit son domicile, soit son village, sa ville, sa région, son état, son pays ou même son continent.

Contrairement à l'adage populaire qui prétend que l'on a toujours le choix, l'antériorité existentielle de la nature (l'espace ou lieu de naissance), est un facteur limitant le choix de l’humain.

Ne serait-ce qu’au niveau alimentaire : celui qui naît en forêt n’a pas les mêmes possibilités de choix alimentaires que celui qui naît dans le désert.

Ceci pour dire que lorsque les êtres naissent dans un pays, ils trouvent déjà sur place les ressources naturelles de l’espace sur lequel ils sont appelés à vivre : le pétrole, l'or, l'uranium, le gaz, les ondes hertziennes, le vent, les mers, les fleuves et rivières, les forêts, l'atmosphère et l'air, les savanes, les déserts, les plaines, les montagnes, etc. Toutes ces ressources dont l'existence est antérieure à la naissance du « sujet politique » qui voit le jour, sont des dons de la nature qui pourvoit différemment les espaces géographiques délimités que l'on appelle pays, royaume, principauté etc. (selon la nature du régime qui y règne).

Il convient de noter que ces délimitations sont le plus souvent le fait des humains qui par les guerres, les conquêtes, la colonisation, les accords et traités etc., confinent, des communautés humaines dans ces ensembles aux dénominations diverses. L'ensemble de ces ressources dont la nature est le seul propriétaire véritable, est un don qu'elle fait, pour pouvoir aux besoins de la communauté humaine qui vit dans un espace où les habitants sont liés par une communauté de destin.

De ce fait ou de cette réalité, il découle que nul n’a le droit de garder pour lui seul, des biens que la nature a offert pour pouvoir les besoins de tout le monde. Ces biens sont des biens communs qui doivent être partagés de façon équitable à toute la communauté humaine qui vit sur un espace donné.

Pour ce faire, la communauté choisie des gestionnaires du bien commun. Ce sont les institutions et hommes politiques, auxquels il sera donné le pouvoir de gérer la chose collective dans l'intérêt de la communauté. Elle désignera (dans les systèmes démocratique), parmi ses fils et ses filles qui se proposent, ceux qui ont le meilleur profil tant au plan de la probité morale que des capacités intellectuelles et physiques, pour conduire la destiné de la collectivité. Ces fils et ses filles qui sont les politiciens, c'est-à-dire ceux qui s'intéressent à la gestion de la cité, sont donc avant toute chose, des individus émanant de la nation qui se proposent de gérer la chose commune, en faisant le serment préalable de servir le peuple et non celui de se servir de lui.

Ces politiciens sont certes rétribués pour leur travail au service de la communauté, mais il faut remarquer que c’est avant tout un travail sacerdotal, une preuve d'abnégation, que de vouloir renoncer à soi, pour servir les autres. L'homme politique n'est donc pas quelqu'un qui s'enrichit par sa posture de serviteur du peuple, mais quelqu'un qui tire satisfaction dans le bonheur et le bien être qu'il procure à la majorité. Il se donne pour mission, à l'intérieur d'un parti ou seul, en toute indépendance, de générer le développement, au profit de la collectivité et de faire de son pays, un espace de bonheur en comparaison des autres nations.

Il n'est donc pas, en principe, un individu qui vient s'enrichir par sa mission, car la politique n'est pas une activité marchande.

Celui qui veut s’enrichir ne le fait pas par le biais de la politique, il s’adonne au commerce, est industriel ou monnaye son talent contre des espèces sonnantes.

Ceci ne veut pas dire qu'il est interdit à un homme politique d'être riche ou d'aimer la richesse, mais il ne doit pas s'enrichir en dépossédant injustement certains de ses concitoyens, en volant du denier public ou en se bâtissant une fortune souillée par le sang d'autrui.

En homme vertueux, comme le dit Sénèque17, il doit être capable d'ouvrir sa maison, au peuple et demander à chaque citoyen de prendre à l'intérieur ce qui lui appartient.

Le juge doit pouvoir entrer chez lui à tout moment et constater que tout ce qui s'y trouve a été acquis honnêtement.

Tout homme politique convaincu du vol de denier public doit être condamné comme un criminel car, le péculat est une injure grave à la collectivité et un acte indigne d'être toléré ni d'être amnistié.

C’est pourquoi dans une démocratie qui se respecte un homme politique convaincu de péculat ne peut solliciter à nouveau ni obtenir le suffrage populaire.

Il faut noter que l’homme politique, se veut avant tout quelqu’un qui a un projet pour son peuple et non un individu dont le projet est de piller son peuple.

L'homme politique traduit en actes des projets de développement et de bien être sociaux, contenus dans un programme qu'il présente au peuple, comme argument pour solliciter son choix.

Le projet social étant le critérium d’évaluation des hommes politiques qui font librement le choix de servir leur nation, celui qui a le meilleur projet de société, est logiquement choisi par le peuple, comme étant celui devant conduire sa destiné.

Dans le même temps qu'il donne sa confiance à un individu ou une structure politique, le peuple se donne le droit de la lui retirer en cas de mauvaise gestion de la chose publique.

Le peuple donne donc une partie de sa souveraineté, à certains de ses fils qui se proposent, pour conduire sa destiné et gérer au mieux le bien collectif.

Ce choix en démocratie se fait par le biais des élections.

Les élections se font à des dates régulières plus ou moins courtes, pour donner au peuple, la possibilité de sanctionner la réalisation ou non du projet de société du politicien auquel il a confié provisoirement sa souveraineté.

Certains peuples, craignant la corruption des individus par le pouvoir, décident même de mettre en place des contre-pouvoirs forts qui sont des mécanismes de contrôle. D'autres choisissent de refuser de concentrer le pouvoir entre les mains d'un individu et le confient à un collège de représentant que sont les parlementaires.

D'autre encore, en même temps qu'ils élisent les gouverneurs élisent des contrôleurs généraux, auxquels sont octroyés des mandats populaires, pour contrôler la gestion à tout moment, durant le mandat du gouverneur.

Toutes ces variantes de la démocratie, ne visent qu'une chose : faire en sorte que des individus ne se servent pas du pouvoir pour se servir, et asservir le peuple.

L’objectif étant de faire en sorte que les ressources collectives soient gérées de façon transparente, juste et équitable, car ces ressources appartiennent à tout le monde et il n’y a pas de raison qui puisse justifier le fait qu’une minorité s’en arroge le droit de propriété et de jouissance.

Ce que je viens de décrire est ce qui devrait se faire dans les sociétés qui se veulent démocratiques. [Ce n'est pas le cas en dictature ou pour les régimes dans lesquels un individu s'impose à ses semblables en leur faisant croire qu'il tient son pouvoir de Dieu et que contester son pouvoir, se serait contesté le choix divin].

Ce contrat tacite qui dans certaine démocratie est explicite, est la norme et la base du pacte qui est sensé lier gouvernants et gouvernés : c’est la référence, dans tous les systèmes qui se veulent démocratiques, quoique les modalités d'application soient différentes d'une démocratie à l'autre.

Ce sont les déviations par rapport à cette norme qui entraînent les frustrations populaires, et génèrent la dynamique conflictuelle qui est celle du changement, dont le but doit être le retour à la norme, le retour au pacte social.

Les mouvements populaires, sont donc des actions tendant à rétablir la norme quoique ces mouvements puissent être récupérés par des leaders opportunistes aux calendriers cachés.

C’est pourquoi l’on ne doit pas être surpris que, face aux multiples déviations qui minent les politiques de beaucoup de pays sur le continent Africains, l'on assiste à une dynamique nouvelle qui vise à instaurer un renouveau démocratique.

La voie pour y parvenir peut être soit pacifique ou violente -cela est une question de choix de méthode et le débat reste ouvert sur cette question- mais l'important reste le fait que c'est à la fois un devoir un droit pour le citoyen de pouvoir s'opposer légitimement et de refuser l'immobilisme, face à la gabegie et à l'exploitation du peuple.

C'est ce devoir d'opposition qui pousse les intellectuels africains, au fait de leur rôle de contribuable, à insuffler le vent de changement qui souffle sur le continent noir. Ils refusent d'accepter que les biens collectifs de leur continent, soient laissés à la jouissance solitaire et égocentrique d’une minorité imposée par des réseaux mafieux

Ce vent porte en lui l’espoir d’une véritable alternative. Il tire son énergie, des frustrations, des dépossessions, et du non-respect du contrat social et des principes évoqués ci-dessus, par certains leaders politiques africains.

Cette dynamique est d'autant plus forte en Afrique que, ce continent compte parmi ceux qui sont les plus frappés par le fléau de la gestion pathologique de la chose publique.

Continent de paradoxe révoltant, c'est un des rares continents sur lesquels des individus deviennent milliardaires par la politique.

Le continent où, dans des prétendues démocraties, les politiciens, au lieu de servir le peuple se servent de lui.

C’est le continent où les politiciens, au lieu de jouer leur rôle de "ré-distributeurs" des ressources collectives au peuple, se distribuent les ressources entre eux, au détriment du peuple.

C’est contre cette pathologie politique, que s'élèvent le CPR et la génération nouvelle dont le combat reste avant tout, un combat pour la bonne gestion de la chose publique, afin que cette gestion puisse générer le bonheur pour les générations actuelles et futures, de notre pays.

 

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