Chers camarades,
je comprends votre souci
d'engager une lutte rapide
et éclair, pour imposer
le changement positif. Au
risque de vous decevoir,
sachez que je ne souscris
pas à cette position
pour des raisons à
la fois tactiques et stratégiques
et surtout par expérience.
Notre mission, sachez le,
c'est de susciter chez le
peuple, la compréhension
soudaine de sa situation
de peuple exploité,
dans le but ultime d'engager
avec lui une action collective
pour le changement positif.
Pour y parvenir, nous lui
montrons et lui expliquons
que non seulement il est
"contribuable",
c'est à dire qu'il
paye des impôts, mais
en plus, nous lui expliquons
qu'il est "propriétaire
collectif" des richesses
nationales que pille une
classe de prédateurs.
Notre mission c'est de démontrer
au peuple qu'il doit être
uni pour réclamer
son dû au lieu de
suivre une élite
tribale qui se sert de lui
dans sa stratégie
de conquête et de
conservation de pouvoir.
Notre combat, c'est de montrer
à chacun que la haine
tribale, entretenue par
les journaux partisans et
les leaders tribalistes,
n'est qu'une stratégie
pour prendre le peuple en
otage dans les communautés
tribales pendant qu'une
minorité de vautours
politiques pille les ressources
collectives et se les partagent
entres-eux, au détriment
du peuple.
Si malgré nos efforts
le peuple ne comprend pas
ce qui nous semble être
une évidence, cela
voudrait dire que dans la
compréhension des
faits et phénomènes
de société,
nous sommes trop en avance
sur les populations de l'espace
géographique dans
lequel nous militons.
Quand, dans un espace géographique
donné, vous êtes
trop en avance sur votre
époque, vous êtes
incompris et vous courrez
le risque d'être taxé
ou perçu comme des
subversifs ou des fous.
Le pire et le ridicule dans
cette affaire, c'est qu'on
peut vous éliminer
avec la complicité
active ou passive de ceux
que vous prétendez
défendre.
Nous pensons que la victoire
du CPR c'est la victoire
du peuple, car le CPR veut
aider le peuple à
sortir de la misère.
Mais le CPR ne fera pas
le bonheur du peuple contre
son gré: le CPR devra
s'adapter à son peuple
et à son temps.
Le CPR se donne pour mission
d'expliquer les choses mais
le CPR ne devra jamais faire
le choix d'imposer le bonheur
au peuple par la force.
Le travail que le CPR doit
faire s'est celui d'élever
le niveau de compréhension
de la base si celle-ci n'est
pas encore assez prête
pour comprendre les choses
et prendre son destin en
main.
Cher camarades, cette position
qui impose un bémol
dans l'action volontariste
de certains militants et
responsables, s'explique
par l'expérience
que nous avons des luttes
populaires.
La petite expérience
que nous avons nous enseigne
que le seul volontarisme
de quelques leaders ne suffit
pas pour changer le destin
d'une nation. Ce volontarisme,
pour créer de la
valeur positive, doit rencontrer
une prise de conscience
populaire qui transforme
les révoltes en révolutions.
La révolution est
une rencontre entre un peuple
et des leaders éclairés,
conscients et constants,
dotés d'une volonté
de changement positif dans
l'intérêt suprême
de leur peuple.
L'expérience nous
a montré que lorsqu'un
peuple n'est pas prêt
(au niveau de la conscience
collective) pour appuyer
une insurrection populaire,
si malgré tout un
groupuscule venait à
prendre le pouvoir par la
force, même si ce
groupuscule était
venu avec de bonnes intentions,
la corruption du pouvoir,
les éléments
opportunistes et les thuriféraires
finiront par détourner
facilement le combat pour
le bonheur du peuple. Ceci
sera possible, parce que
le peuple ne pourra pas
se poser lui-même
en contre-pouvoir qui puisse
servir de boussole pour
orienter et rappeler le
sens à donner à
la lutte. La seule garantie
dont dispose un peuple pour
éviter que ceux qui
ont la charge provisoire
de gestion du bien collectif
ne le détourne à
leur seul profit, c'est
de s'organiser en contre-pouvoir
fort, qui puisse interpeller
les dirigeants à
tout moment.
C'est en considération
de toutes ces réalités
que le CPR a fait le choix
libre de ne point participer
aux actions d'éclat
ou de force de groupuscules
sans projets politiques
pour le peuple. Le CPR ne
peut soutenir que des mouvements
guidés et portés
par une conscience populaire.
Car en définitive,
autant un esclave qui refuse
de prendre conscience de
sa situation d'esclave ne
mérite pas qu'on
s'apitoie sur son sort,
un peuple qui subit l'asservissement
et qui refuse de prendre
conscience de sa situation
d'asservissement, ne mérite
pas qu'on s'attarde sur
son cas.
Croyez moi camarades, il
ne servira à rien
de s'immoler comme l'agneau
christique pour un tel peuple,
car il rira de votre mort,
au lieu de s'en servir comme
humus ou ferment mobilisateur
pour les combats futurs.
Ce que je conseille dans
ce cas c'est de travailler
à l'élévation
de la conscience et amener
le peuple doucement à
comprendre les choses.