Interview
vérité accordée par
M. Doumbia S. Major, Président
du CPR, au journal "le
temps" .
Cette
interview vérité donne un aperçu
du programme du CPR, parti
politique qui a inscrit à
l'ordre du jour de son action,
la bataille pour pour
la modernisation de la Côte
d'ivoire
Monsieur
Doumbia
Major, Président du CPR a
bien voulu accorder une interview
au Quotidien ivoirien "le
temps".
sans faux-fuyants ni fioritures,
il se prononce sur tous les
sujets et donne son avis sur
la classe politique ivoirienne
actuelle. Selon lui, celle-ci
se livre à un combat de prédateurs
et à des manoeuvres pour le
pouvoir, au lieu de se battre
réellement pour le bonheur
du peuple. Ne se limitant
pas à la critique, au nom
du CPR, il fait des propositions
qui selon lui doivent poser
les bases de la modernisation
du pays.
Nous mettons cette interview
à la disposition des militants
et sympathisants et nous la
portons à la connaissance
du large public, pour que chacun
se fasse son opinion de la
situation politique du pays.
- www.cprci.org
"Le
temps": Que devient Doumbia
major?
-Doumbia Major :
Avant d'apporter un éclairage
sur ce que je deviens, je
voudrais adresser un vibrant
hommage au valeureux peuple
de Côte d'ivoire qui
se bat pour survivre, dans
des conditions présentes
difficiles surtout que l'absence
de perspectives n'offre qu'un
avenir sombre pour nos populations
et pour leurs descendants.
En tant qu'émanation
de ce peuple qui souffre,
je lui adresse mes salutations
et mon soutien dans l'épreuve
qu'il traverse, dans sa lutte
contre la faim, la pauvreté
et la misère.
Cela dit, il faut noter qu'après
mes études à
Paris où j'ai fait
un Master en tant que responsable
projets de développement
et un Master en communication
politique, je suis aujourd'hui
Directeur Général
de la société
Phoenix-group-international
Sarl. Parallèlement,
j'offre mon expertise en tant
que consultant en conception
et audit de projet de développement,
en analyse de discours politiques
et médiatiques, et
je m'occupe de mise en place
des systèmes d'organisations
en entreprise.
Mon entreprise fait également
de la formation, car je pense
que c'est par la formation
qu'on obtiendra les cadres
qui bâtiront notre société
de demain. J'interviens en
Europe comme en Afrique et
je compte délocaliser
très prochainement
la succursale Africaine à
Abidjan.
Au niveau politique, j'ai
été désigné
comme le Président
du Congrès Panafricain
pour le Renouveau Démocratique
en Côte D'Ivoire, le
CPR. J'ai été
choisi par les camarades qui
vivent en Côte d'ivoire
et ceux vivant à l'étranger,
pour présider aux destinées
de ce Parti politique. J'ai
accepté cette marque
de confiance qui témoigne
de la reconnaissance par les
camarades de la constance
dont je fais preuve, dans
notre combat commun pour la
défense des intérêts
du peuple. J'assumerai cette
fonction avec responsabilité
et dignité, dans la
droite ligne de nos idéaux
et de notre combat pour la
redistribution équitable
des ressources collectives,
la défense de l'unité
nationale et le combat pour
la justice et la modernisation
de notre pays.
"Le temps": Quelles
sont vos relations avec les
Forces nouvelles
-Doumbia Major :
Mes relations avec ce mouvement
ne sont pas différentes
de celles que j'ai avec toutes
les autres organisations.
J'y ai encore des amis tout
comme j'ai des amis au PDCI,
au FPI, au RDR au PIT, au
PPS et dans les autres associations.
Beaucoup de membres de ce
groupe ont décidé
de rejoindre notre parti et
nous les félicitons
tout comme nous félicitons
les déçus et
transfuges des autres partis
qui rejoignent le CPR, pour
mener le véritable
combat démocratique
pour le bien être du
peuple ivoirien.
"Le
temps": Vous étiez
dans les débuts de
la crise un pion essentiel.
Malheureusement, vous avez
été mis à
l'écart. Peut-on avoir
les raisons?
-Doumbia
Major :
Par qui ais-je été
mis à l'écart?
Je n'ai jamais été
mis à l'écart,
je suis parti de moi-même
librement tout comme je suis
venu librement. J'ai organisé
un congrès public et
vous vous souviendrez que
je n'avais pas été
candidat à ma propre
succession malgré les
insistances des un et des
autres, puisque l'idéal
que je partageais en m'engageant
dans ce mouvement populaire,
comme beaucoup d'autres ivoiriens,
se trouvait en déphasage
avec les pratiques et agissements
de certaines personnes.
Vous devez savoir que toute
ma vie, j'ai décidé
de ne jamais voler de deniers
publics, j'ai décidé
de me battre pour l'unité
nationale contre toute forme
de division tribale du peuple,
j'ai décidé
de ne jamais utiliser l'action
collective pour chercher à
en tirer un avantage personnel.
J'ai décidé
de me battre pour que les
ressources collectives soient
partagées au peuple
et que ces ressources soient
utilisées pour générer
le développement.
Des gens m'ont demandé
d'apporter mon soutien à
leur action en proclamant
qu'ils voulaient tout comme
moi un nouvel ordre politique
et économique. Je me
suis rendu compte à
mi-parcours que ces gens ne
se battaient plus pour le
peuple, mais pour le pouvoir
afin d'en tirer un profit
personnel, je me suis dès
lors senti libre de me retirer
de leurs actions. Car je ne
voulais pas porter la responsabilité
historique d'actes que mon
éducation m'interdit
de cautionner.
Vous savez, je suis un croyant,
musulman pratiquant et j'ai
grandi dans des écoles
chrétiennes où
j'ai appris qu'il faut aimer
son prochain comme soi-même.
Je n'ai jamais tué
un être humain et je
ne voulais pas être
amené à tuer
par personne interposée
surtout, pour une cause autre
que la défense de l'intérêt
national. Je n'ai jamais volé
de biens publics et je ne
voulais pas être amené
à être un jour
accusé de vol en cautionnant
par ma présence et
mon silence certains actes
de ce type.
En plus, je me suis rendu
compte qu'hormis une obligation
d'ordre morale et éthique,
il n'y avait aucun statut
à partir duquel on
pouvait interpeller ceux qui
posaient des actes contraires
à nos engagements.
Donc il n'y avait aucune base
légale à partir
de laquelle on pouvait en
vouloir à quelqu'un.
Il n'existait aucune règle
écrite à partir
de laquelle tu pouvais dire
à quelqu'un de ne par
casser une banque où
de ne pas tuer telle personne.
Puisqu'il n'y avait ni texte
ni contrat morale qui me liait
à eux, le mieux pour
moi était de partir
au risque de voir mon âme
se corrompre. C'est ce qui
explique que j'ai opéré
ce que j'appelle "la
rupture politique légitime",
pour continuer mon combat
pour le peuple en souffrance,
puisque ce mouvement n'était
pas un cadre qui me permettait
d'exprimer ma vision politique
du monde.
"Le temps": Vous
étiez avec IB, avez-vous
été chassé?
-Doumbia Major :
Là encore vous vous
trompez et beaucoup de personnes
trompent le peuple. Je faisais
partie des personnes qui ont
contribué à
faire sortir IB de prison.
Lorsqu'il est venu en France
il a été livré
à la justice par ses
propres amis. C'est quelqu'un
que j'ai connu à Akuédo
quand j'avais été
arrêté sous le
régime de Guéï.
Quand il a été
arrêté, sa femme
est venue me voir en France,
en me disant que son mari
a été trahi
par tout le monde et qu'ils
l'on jeté en prison
pour des questions de leadership.
Comme je supporte mal l'ingratitude
et la trahison, j'ai dit à
la bonne dame de sécher
ses larmes que j'allais tout
mettre en œuvre pour
sortir son mari de prison.
C'est ce que j'ai fait. Je
l'ai fait naturellement tout
comme lycéen, je me
suis battu quand Gbagbo et
ses compagnons avaient été
jetés en prison injustement.
Je l'ai fait comme je me suis
battu quand Martial Ahypeaud
et les autres camarades avaient
été mis en prison.
J'ai fait ce combat comme
celui que j'ai fait quand
la direction du RDR était
en prison sous le régime
de Bédié. C’est
ce même combat que j'ai
mené avec le GAC quand
le porte-voix actuel de la
rébellion était
en prison sous le régime
de Bédié; c'est
cette même conviction
qui m'animait quand je me
battais pour sortir Blé
Goudé de prison sous
le même régime.
C'est ma nature de ne pas
supporter l'injustice et la
trahison. Je suis comme ça
c'est tout et je ne renoncerai
jamais à ce combat
contre l'injustice.
Je lui ai trouvé une
maison et une adresse pour
le sortir de prison et j'ai
débloqué mes
fonds propres pour le soutenir.
J'accordais même des
interviews qui duraient des
heures depuis Paris avec mon
téléphone, vous
les journalistes vous êtes
informés. J'avais des
factures de 600 à 800
Euros, je payais parce que
quand je promets faire quelque
chose je le fais.
Quand il est sorti de prison,
il a voulu s'engager en politique.
Il voulait créer des
sites internet pour lancer
sa campagne politique. Je
lui ai dit qu'en tant que
spécialiste en communication
et marketing politique, je
lui déconseillais de
le faire. Je l'ai dit parce
qu'en le faisant il se poserait
comme une cible politique
et se poserait comme le concurrent
de certains acteurs politiques,
qui n'hésiteraient
pas à le liquider politiquement
alors qu'il était loin
du terrain.
Il n'a pas compris le sens
de mon conseil. À partir
de cette divergence stratégique
j'ai pris mes distances vis-à-vis
de lui, ce qu'il n'a pas apprécié
cela visiblement. Mais je
n'engage pas de batailles
perdues d'avance dont on ne
peut tirer aucun profit stratégique.
Le résultat de son
action individuel me donne
visiblement raison, avec tous
les coups tordus dont il est
victime. C'est un frère
comme les autres et j'éprouve
de la peine pour ce qui lui
arrive, mais en politique
les erreurs se payent très
chers.À présent
il suit son chemin qui est
différent du mien.
"Le
temps": n'est-ce pas
vous qui êtes le problème?
-Doumbia
Major :
Effectivement je suis un problème
et j'ai un problème
qui se résume dans
le fait que je veux rester
honnête et digne dans
un monde pourri, un monde
de prédateurs, de sangsues
et de bourreaux. Dois-je renoncer
à mes convictions parce
que je fréquente des
gens sans dignité ni
principe? Je réponds
par la négative, car
je crois qu'on n'est pas sur
cette terre obligé
d'user de son statut pour
profiter des délices
de l'exploitation des autres;
on doit être utile aux
autres et apporter un plus
à l'humanité.
J'ai des principes et des
idéaux, et je ne compte
renoncer pour rien au monde
à ce rêve que
j'ai de voir un jour mon pays
modernisé.
Vu sous cet angle, je suis
un problème pour les
prédateurs du peuple,
qui veulent me diaboliser,
car ils vivent du pillage
du trésor collectif.
Je voudrais d'ailleurs partager
avec le peuple ce que je dis
toujours à mes camarades
avec lesquelles je travaille
: dans notre combat nous ne
suivons pas des personnes,
car il ne s'agit pas de regroupement
autour d'une personne, mais
autour d'un projet et autour
d'un idéal pour le
pays. Il y a certes des porteurs
de projet, mais chacun d'entre
nous est interchangeable.
Il faut avoir une ligne et
des objectifs collectifs à
atteindre pour sortir le pays
de la misère afin que
chacun en profite. C'est pour
cela que le jour où
Doumbia Major trahira ce combat
et qu'il s’en détournera,
j'autorise chacun à
se détourner de lui.
Car ce n'est pas moi en tant
qu'individu que l'on suit
mais une idée, une
ligne politique et des objectifs
matérialisés
dans un projet de société
que nous partageons.
Donc vous comprenez que, ce
sont ceux qui se détournent
du combat qui sont les problèmes
pour le peuple et non ceux
qui restent dignes et constants
dans leur engagement.
Il faut retenir que personnellement,
je suis mes convictions et
mon combat pour la redistribution
des ressources; je suis mon
combat pour la justice afin
que chaque ivoirien puisse
avoir la même chance
d'entrer à l'ENA, que
son père soit pauvre
ou riche, qu'il connaisse
ou pas un ministre, sans tenir
compte de son ethnie ou de
sa religion. Je veux qu'il
soit instaurer l'obligation
de bancarisation et qu'il
y ait une retraite pour les
paysans et tous ceux qui travaillent,
qu'ils soient ouvriers, commerçants
ou entrepreneurs privés.
Je me bats pour qu'il y ait
une caisse d'assurance maladie
qui permette à chacun
de se soigner gratuitement
sur la base de cotisations
et de la solidarité
nationale.
Je me bats pour l'obligation
d'établissement d'un
bulletin de salaire pour chaque
ivoirien qui travaille, je
me bats pour l'instauration
d'un salaire minimum calculé
sur la base du coût
de la vie et qui soit garanti
et contrôlé par
l'état. Je me bats
pour l'école gratuite
et obligatoire.
Je me bats pour que nos compatriotes,
frères et sœurs
qui ne travaillent pas, indépendamment
de leur volonté, puissent
avoir un revenu minimum vital
et qu'ils ne soient plus obligés
d'aller mendier chez des tontons,
des cousins ou amis qui travaillent,
pour vivre. Au sein de notre
parti nous nous battons pour
que les handicapés
aient une allocation de survie.
Nous nous battons pour donner
à chacun de nos citoyens
une dignité, nous nous
battons pour créer
des emplois avec les moyens
de l'état pour nos
compatriotes, en donnant des
fonds d'installations aux
jeunes, et des fonds d'aide
aux créateurs d'entreprises.
Nous voulons mettre en place
un système d'identification
moderne; nous voulons faire
voter des lois pour l'obligation
d'adressage, car c'est par
là que commence le
développement et la
modernisation.
Nous avons un projet pour
nos frères et sœurs
déscolarisés
et nos camarades sans emplois
qui sont obligés de
trainer dans les gares routières
ou dans les quartiers.
Nous voulons qu'au delà
des ethnies ou des religions,
on puisse se battre pour la
survie de ce peuple et qu'on
ne rentre pas dans la manipulation
tribale de certains dirigeants,
qui ne pensent qu'à
conquérir le pouvoir
pour profiter des fastes et
privilèges. Moi je
suis un enfant du peuple,
je suis né dans un
quartier populaire, et je
veux sortir ce peuple de la
misère.
C'est pour cet idéal
que je vis et c'est pour cet
idéal que je suis prêt
à me démarquer
des gens qui déclarent
un objectif de vouloir se
battre pour le peuple et qui
après trahissent leurs
propres engagements.
Voilà pourquoi nous
avons décidé
de créer ce parti,
pour traduire nos idées
en actes. Ces idées
ne peuvent se réaliser
qu'en étant organisé,
avec le peuple et pour le
peuple.
"Le
temps":N'êtes vous
pas sorti zéro dans
la rébellion?
-Doumbia Major :
Je ne comprends d'ailleurs
pas ce que vous appelez "sortir
zéro de la rébellion".
Je ne me suis pas engagé
pour espérer tirer
un quelconque profit personnel
de mon action politique pour
la redistribution équitable
des ressources et contre le
tribalisme. Quand ceux qui
selon vous sont riches aujourd'hui
m'appelaient pour soutenir
le soulèvement de septembre
2002, moi je n'étais
pas sans travail, j'avais
un boulot respectable dans
une organisation internationale,
présente sur 27 pays
dans le monde. J'avais un
salaire de près de
2 millions de franc CFA par
mois. Je mettais à
cette époque, l'une
de mes voitures à leurs
dispositions pour faire leurs
courses quand ils arrivaient
à Paris.
Vous comprendrez que je ne
compte pas sur une action
de banditisme ou de braquage
à l'échelle
d'une nation, pour nourrir
ma famille.
En plus ce que vous devez
savoir c'est que l'argent
et l'enrichissement ne sont
pas le but en soi de ma vie.
Mon but c'est de chercher
à vivre heureux, et
l'argent n'est pour moi qu'un
simple moyen. À quoi
sert-il d'accumuler de l'argent
qui de surcroit est de l'argent
volé, quand à
côté de vous
il ya une partie du peuple
qui crève de faim et
de misère. Moi je ne
peux pas être heureux
en vivant du fruit du vol
de l'argent du peuple, encore
moins de l'exploitation abusive
et inéquitable des
ressources collectives.
"Le temps":Vos compagnons
occupent de hauts postes?
-Doumbia Major :
Je ne suis pas intéressé
pas ce genre de postes.
Dans la vie le tout n'est
pas d'occuper un haut poste,
le tout c'est de se demander
si je mérite vraiment
le haut poste que j'occupe
et qu'est-ce que j'en fais.
Citez-moi un seul pays qui
se respecte au monde dont
un haut fonctionnaire n'a
aucune expérience professionnelle?
Vous voyez, le pays est truffé
de ce genre de personnes qui
prennent l'administration
en otage et qui mettent la
nation en retard alors qu'ils
pensent à tord qu'ils
sont des patriotes.
Nous qui sommes à l'étranger,
nous sommes obligés
de payer pour leurs incompétences
et insuffisances, car comme
ils sont incapables de donner
des emplois ou un revenu minimum
à nos frères
qui ne travaillent pas, c'est
nous qui sommes obligés
de faire des westerns union.
Comme ils refusent ou sont
incapables de mettre en place
un système de soins,
c'est nous qui payons leurs
incompétences et manque
de volonté politique,
en payant les ordonnances
de nos amis ou familles. Comme
ils sont incapables de mettre
en place des systèmes
de retraites pour les non-fonctionnaires,
c'est encore nous qui travaillons
ou qui sommes expatriés
qui devons payer pour leurs
incompétences et leurs
actes antipatriotiques qui
consiste à braquer
le pays en occupant des postes
qu'ils ne méritent
pas.
Comment voulez-vous que je
regarde de telles personnes
? Faisons ensemble le bilan
de ceux qui occupent aujourd'hui
ce que vous appelez "des
hauts postes", au niveau
économique, éducatif,
création d'emplois
et au niveau social et vous
me direz ce que les ivoiriens
pensent d'eux.
Je ne sais pas comment les
autres ivoiriens les regardent,
mais personnellement ils me
font pitié. Moi je
ne mène pas de combats
alimentaires. Et je ne prendrai
jamais le risque d'occuper
un poste quand je sais pertinemment
que je n'ai ni les compétences
encore moins les aptitudes
pour l'occuper.
Vous voyez c'est ça
qui met une nation en retard
et ce sera difficile pour
les générations
à venir, de combler
ces retards que provoquent
ces incompétents et
ces médiocres. Il faut
mettre les hommes qu'il faut
aux places qu'il faut : "the
right man at the right place"
comme le disent les anglais.
Celui qui veut occuper un
poste qu'il l'occupe mais
qu'il sache qu'il fait du
mal à son pays s'il
n'a pas de compétences
pour cela.
Ils créent des situations
de ni paix ni guerre qui maintient
le peuple dans la misère.
Aujourd'hui le peuple l'exprime
par des soulèvements
populaires contre la vie chère.
J'apporte mon soutien et ma
compassion d'ailleurs aux
victimes et à leurs
familles.
"Le
temps":avez-vous des
regrets
-Doumbia
Major :
Pourquoi voulez vous que je
regrette de ne pas mélanger
ma viande de mouton à
la viande de cabri de ces
personnes là?
Je ne m'en veux pas de m'être
engagé sincèrement
comme tout ces ivoiriens et
africains qui avaient cru
au changement en Côte
d'ivoire. Tout comme je ne
leur en veux pas d'avoir choisi
la voie qui est la leur, il
faut simplement noter que
chacun d'entres-eux n'a fait
que révéler
sa personnalité et
montré son vrai visage.
C'est l'histoire qui jugera
chacun d'entre nous. À
partir de ce moment chacun
est libre de suivre sa voie
et moi j'ai choisi la voie
de continuer la lutte pour
la redistribution des ressources
et la modernisation du pays.
Car on ne suit pas des individus
dans une lutte politique,
on suit une cause et ses convictions.
Quand des individus se sont
éloignés de
la cause commune, usez de
la dernière chose qui
vous reste et que nul ne peut
vous arracher: à savoir
cette flamme qui brûle
en chacun d'entres-nous et
qu'aucune eau ne peut éteindre,
c'est-à-dire votre
liberté de dire non
et votre liberté de
ne pas suivre les gens dans
le faux. Je ne l'ai personnellement
pas fait pour moi, mais pour
les générations
à venir dans lesquelles
j'aurai mes enfants et mes
petits enfants.
Pour moi, il est préférable
que tous les citoyens soient
heureux que moi seul le sois;
car je ne supporte pas de
vivre dans l'opulence avec
la richesse du peuple, pendant
que ce même peuple croule
sous la misère. C'est
un choix de vie, il faut le
prendre ainsi, c'est mon choix.
Si des gens ont cru trahir
le peuple en choisissant d'aller
manger, ils se sont trompés
car ils n'ont fait que révéler
leur personnalité.
Le combat de ce peuple ce
n'est pas un combat pour le
pouvoir, c'est un combat pour
un bien être social,
dans le respect de la dignité
de chacun. Ceux qui auront
trahi le peuple perdront tout
simplement la confiance du
peuple.
Et croyez-moi si l'on sort
du contexte armé, le
jugement du peuple se fera
sentir, il sera implacable
et n'aura rien à avoir
avec les fausses vérités
que certains peignent dans
leurs journaux partisans,
qui créent des espaces
publics artificiels et une
fausse opinion publique, qui
n'a rien à avoir avec
la réalité du
peuple véritable qui
a faim et qui veut changer
sa condition de vie.
Nous recevons des centaines
d'appels de toutes ces personnes
qui veulent continuer le combat
et elles se retrouvent en
phase avec l'idéologie
du CPR. C'est un parti qui
se bat pour le peuple et pour
que ce qui appartient au peuple
lui revienne de droit, dans
la justice et la vraie paix.
"Le
temps":êtes-vous
prêts à recommencer?
-Doumbia
Major :
Rien ne me fera abandonner
le combat pour le bien être
du peuple. En acceptant de
diriger le CPR, j'ai fait
le choix explicite de l'action
politique, donc j'ai fait
le choix d'utiliser la force
de l'argumentation et non
celui de l'argumentation de
la force. Aujourd'hui je dirige
avec d'autres camarades un
parti qui a des textes et
une ligne directrice que vous
trouverez sur le site internet
www.cprci.org ou au siège
à Yopougon; donc c'est
notre combat qui continu et
on ne s’arrêtera
que le jour où il n'y
aura plus certains de nos
concitoyens en souffrance
dans la misère.
"Le
temps": Est-ce que la
rébellion a atteint
ses objectifs?
-Doumbia
Major :
Je suis vraiment désolé
de ne pouvoir répondre
à cette question, car
la rébellion n'avait
pas d'objectifs clarifiés
et mentionnés dans
un contrat écrit ou
des statuts et règlements
intérieurs. Adressez-vous
donc à celui qui dit
être le chef historique
de cette rébellion,
c'est lui qui sait où
il conduit son mouvement.
Un mouvement sans objectifs
écrits peut prétendre
à tout moment avoir
atteint ses objectifs, puisque
il n'y a aucun texte écrit
qui peut permettre de faire
une évaluation, pour
voir si les objectifs ont
été atteints
ou pas. Toutefois on a seulement
pu constater qu'au début
elle ne volait pas, elle ne
rackettait pas et elle disait
être venu se battre
contre l'ivoirité et
pour un nouvel ordre politique
en Côte d'ivoire. Aujourd'hui
c'est le contraire, donc on
peut constater que les objectifs
ou du moins les pratiques
changent. Entre les objectifs
proclamés et les actions
il y a un grand écart.
Ce sont ces objectifs de base
qui ont d'ailleurs fait que
nous qui militions déjà
en exil dans des organisations,
leur avons apporté
notre soutien. Apparemment,
elle ne se battait pas pour
le partage du pouvoir ni pour
des grades, elle se battait
pour le peuple. Entre ce moment
et maintenant, chaque ivoirien
peut juger et dire si oui
ou non elle a atteint ses
objectifs ou si elle a dévié
de ses objectifs. Mais la
personne la mieux indiquée
pour en parler reste le porte-voix
actuel de la rébellion.
"Le
temps":Pourquoi on ne
vous entend plus parler?
-Doumbia Major :
Un homme ne parle pas à
tout moment, il y a des moments
de réflexion et des
moments d'action.
"Le
temps": Pourquoi avoir
créé un parti?
-Doumbia
Major :
Nous avons crée un
parti, car il fallait un cadre
de conception, de confrontation
et d'expression de nos idées.
Parce que nos convictions
et notre idéal ne se
retrouvent pas suffisamment
défendus dans les partis
qui se trouvent sur l'échiquier
politique actuel. Rares sont
ceux d'entres-eux qui partagent
notre projet de société
et notre idéal de société.
Par ailleurs il faut savoir
que lorsque vous avez été
mordu par un serpent vous
vous méfiez du ver
de terre.
Le peuple a été
berné depuis la période
du PDCI jusqu'à aujourd'hui
par une élite qui ne
pense qu'à ses propres
intérêts de classe.
C'est pourquoi nous qui sommes
dans le peuple et qui venons
du peuple, avons décidé
de prendre notre destin en
main et de ne plus confier
notre combat à des
gens qui vont le détourner
à des fins alimentaires
ou pour qu'ils en tirent des
privilèges personnels.
Le combat du peuple pour la
justice sociale et la redistribution
des ressources est resté
intact. Notre détermination
et notre conviction qui restent
inébranlables est de
faire avancer cette lutte
vers la victoire finale. C'est-à-dire
la victoire du peuple unis
comme un seul homme. Ce combat
est encré dans nos
convictions profondes et notre
rêve de modernité
pour le pays. Le parti crée
un cadre d'action, fondé
sur des textes et objectifs
clairs et en plus, il lie
les membres à travers
un contrat moral par l'adhésion
aux statuts et à l'idéologie.
Dans un parti il y a une ligne
et on sait qui trahi ou qui
dévie par rapport à
la ligne déclarée.
En m'engageant dans ce parti
c'est que j'ai accepté
un contrat moral que je ne
trahirai jamais, tout comme
je n'ai jamais trahi mes convictions
et engagements.
"Le
temps":Où se situe
ce parti?
-Doumbia Major :
Comme l'a dit le secrétaire
général, le
camarade Taha Julien, notre
parti est un parti Progressiste
qui a pour objectif la modernisation
de la Côte d'Ivoire,
dans un cadre de justice,
de partage et de solidarité.
Le CPR veut créer le
développement pour
le bien être des ivoiriens
et surtout faire de la Côte
d'Ivoire un pays développé
qui se réapproprie
la science et la technologie
pour générer
le développement.
En terme d'idéologie
politique, le CPR, se veut
un "parti solidariste
africain", un concept
politique que nous avons crée
et que nous développons
sur notre site internet. C'est
une vision politique et économique
simple qui s'appui sur les
modèles économiques
de sociétés
qui ont toujours existé
en Afrique.
En effet, si vous observez
les sociétés
africaines traditionnelles,
vous verrez que dans les villages
africains on se réuni
pour travailler dans les plantations
des individus à tour
de rôle ou pour construire
des maisons pour chacun. Ça
veut dire que la communauté
ou la collectivité
apporte une aide à
l'entreprenariat privé
ou aide à l'accession
à la propriété
privée, sur le principe
que plus il y a d'individus
riches dans une communauté
humaine, c'est en définitive
la communauté qui devient
riche. C'est ce qu'on appelle
le "N'Gbli" chez
les baoulés ou le "Ton"
en malinké ou encore
"adébasonkpé"
en Guéré.
Pour nous, c'est l'état
qui doit utiliser les ressources
collectives pour aider à
l'émergence d'un entreprenariat
privé national et favoriser
l'accession à la propriété
privée. Les ressources
collectives doivent être
utilisées pour investir
dans l'éducation, les
logements sociaux, la santé,
l'aménagement du territoire
et surtout veiller à
ce que les individus puissent
avoir du travail. En Côte
d'Ivoire aujourd'hui aucun
ministre n'est capable de
dire combien d'emplois sont
crées par mois et par
secteur d'activité.
On ne connaît pas le
chiffre du chômage alors
que les gens croupissent sous
la misère.
C'est toutes ces aberrations
que notre parti politique
veut changer, en mettant en
place un système politique
solidaire, qui va moderniser
le pays et créer le
développement dans
un cadre de justice et de
respect des libertés
individuels, tout en aidant
et encourageant l'entreprenariat
privé.
Vous voyez que nous ne sommes
ni communiste car le communisme
préconise la propriété
collective des moyens de production,
ni capitaliste extrémistes
non plus, car c'est un système
dans lequel chacun doit se
battre, l'état ne jouant
que le rôle de régulateur
dans un schéma de concurrence
libre. Aujourd'hui face aux
insuffisances de ces deux
systèmes, les occidentaux
eux-mêmes se retournent
vers le modèle de solidarisme
africain que nous portons,
ce n'est donc pas à
nous de nous en détourner.
"Le
temps": Expliquez les
raisons?
-Doumbia
Major :
Précisez votre question?
"Le
temps":Quel commentaire
faites-vous sur la condamnation
de IB à Paris?
-Doumbia Major :
Je n'ai pas de commentaire
à faire. Le concerné
lui-même s'est prononcé
sur son procès tenons-nous
à cela.
"Le
temps": Un mot sur le
processus de sortie de crise.
-Doumbia Major :
Le mot processus désigne
une suite de phases dans l'organisation
d'une action. Ce qui veut
dire qu'il y a un début
et une fin qu'on définit
dans l'action. Dans notre
cas ce n'est pas un processus
c'est une marche interminable,
une marche sans fin vers la
sortie de crise.
Je préfère qu'on
nous donne des calendriers
clairs et qu'on constate ensemble
les échecs ou les réussites.
Quand on s'engage à
apporter la paix dans un délai
précis et que l'on
ne respecte pas ce délai
librement choisi, on appelle
cela un échec. Il faut
en tirer les leçons
quand on a un peu de dignité
qui nous reste.
Pour nous qui avons été
formé à appréhender
le monde de façon cartésienne,
les dates sont sacrées.
Un pays se gère avec
un échéancier
clair qu'on respecte sinon
on est tout simplement dans
l'échec; même
les marges d'erreurs sont
étudiées d'avance
quand on est un homme politique.
Donc qu'on sorte des processus
sans limite dans le temps.
Le peuple est fatigué
de processus sans fin, le
peuple veut voir la fin des
processus qui le maintiennent
dans la misère. L'éducation
moderne que nous avons reçue
fait de nous des adeptes du
fétichisme des dates:
Dans ce monde moderne, les
délais sont sacrés
car ils nous engagent.
Quand des gens échouent
dans la gestion des crises
comme celles que traverse
la Côte d'Ivoire, cela
veut dire qu'ils se sont trompés
sur la nature et le diagnostic
de cette crise que traverse
le pays.
Sans connaître les fondements
socio-économiques de
cette crise, certains ont
récupérés
l'élan au changement
du peuple, mais en réalité,
ils ne sont que de simples
opportunistes; ils sont comme
des médecins qui veulent
guérir un mal dont
il ne se préoccupe
pas de connaître les
causes et les symptômes.
On ne peut pas résoudre
un mal dont on ignore ou dont
on refuse de prendre en compte
toutes les données.
Il ne faut pas croire qu'en
signant un cessez-le-feu on
peut résoudre un problème
d'exclusion, de fracture sociale
et de marginalisation économique
d'une grande partie de la
population qui subit la misère
que lui impose une minorité
dirigeante.
Pour sortir du bourbier dans
lequel nous sommes, il faut
une concertation inter ivoirienne
de concorde nationale, qui
va se pencher sur tous les
problèmes. C'est tout
de même surprenant qu'on
veuille guérir un mal
comme celui que nous traversons
alors qu'on ignore ou refuse
de prendre en compte des problèmes
incrustés dans la mentalité
ethnique et les préjugés
tribaux au sein des différents
groupes qui constituent notre
population.
Que le président Gbagbo
se renseigne auprès
de son fils Michel qui est
passé par le même
département de psychologie
que nous, il verra en ce moment
que le mal est plus profond
qu'il ne le croit et que ça
ne se résout pas uniquement
par une opération de
partage de pouvoir avec des
leaders politiques ou des
seigneurs de guerre.
"Le temps":Croyez-vous
à un retour de la paix?
-Doumbia
Major :
Comme je vous l'ai dit plus
haut le mal ne sera soigné
que si on accepte de faire
un diagnostic rigoureux de
la cause du mal en prenant
en compte toutes les données,
toutes les causes et tous
les symptômes. Nous
avons décidé
de rentrer au pays pour apporter
notre contribution pour la
paix et on espère qu'on
nous écoutera pour
le bien du pays.
Nous voulons contribuer à
la paix et non à l'absence
de guerre. Il ne faut pas
confondre paix et absence
de guerre. La paix ce n'est
pas l'absence de guerre.
Un groupe organisé
qui exploite le peuple et
s'impose à lui, fait
une guerre silencieuse et
violente au peuple. L'absence
de justice équitable
est une violence et une guerre
contre le peuple.
Au CPR, nous sommes pour la
paix, la vraie paix dans laquelle
les droits de chaque citoyen
sont respectés. C’est
pourquoi je souhaite rentrer
au pays pour apporter avec
mon parti ma contribution
pour le retour à la
paix véritable. Car
je veux fortement que le peuple
soit en paix et non exploité,
ni opprimé par des
groupes de privilégiés
qui lui font la guerre, en
lui imposant la faim et la
misère.
"Le
temps": beaucoup disent
que l'Accord de Ouagadougou
est le meilleur. Partagez-vous
cet avis?
-Doumbia
Major :
Non,'l'accord de Ouaga reste
perfectible comme les accords
qui lui ont précédé.
Nous le savons tous, c'est
d'ailleurs pourquoi ne voulant
pas rester indifférent
au sort de ce peuple, nous
voulons rentrer pour participer
au retour à la paix.
Il faut en finir avec la guerre
il faut mettre des règles
de justice et éviter
que la majorité des
citoyens soient exclus du
partage du trésor public.
Les accords de Ouaga définissent
les conditions pour que certains
chefs de groupes acceptent
de désarmer, mais ils
ne posent pas les conditions
pour que le peuple ne se soulève
plus. C'est ça la différence.
La preuve en est que malgré
l'accord de Ouaga il vient
d'avoir deux morts lors des
manifestations contre la vie
chère. Pour soigner
notre mal, il faut une concertation
nationale qui ne fasse pas
la part belle uniquement au
gens qui tiennent en main
des armes, puisque tout citoyen
est un combattant armé
potentiel. Il faut éviter
de convoquer des groupes artificiellement
fabriqués, qui au lieu
de défendre le peuple
à ces concertations,
viennent défendre des
partis, clans ou intérêts
politiques.
Si on ne fait pas cela peut-être
qu'on pourra obtenir le désarmement,
mais nul ne pourra arrêter
les soulèvements populaires
contre la faim.
Nul ne pourra contrôler
les chômeurs, les travailleurs
misérables ou des étudiants
sans avenir ni bourses d'études.
"Le
temps":Pourquoi selon
vous les autres Accords ont
échoué?
-Doumbia
Major :
Comme je l'ai démontré
plus haut, quand on fixe une
date et qu'on n'arrive pas
à faire ce qu'on a
dit qu'on ferait à
la date où on le ferait,
on appelle cela en Français
un échec. L'accord
de Ouaga vu sur cet angle
a échoué et
ceux qui sont porteurs de
cet accord ont échoué.
C’est d'ailleurs cela
qui fait qu'on y adjoint des
accords complémentaires
et qu'on repousse chaque fois
les élections et que
sais-je encore. Mais il ne
faut pas jeter le bébé
et l'eau du bain avec. Nous
devons parfaire cet accord
et contribué tous à
créer les conditions
de la paix en apportant chacun
à notre niveau notre
contribution. Il faut saluer
ceux qui ont signés
ces accords, car c'est déjà
un pas. Mais il y a d'autres
pas à faire, faisons
les avec tous les fils du
pays.
Quel accord de paix signe-t-on
quand il y a encore des militaires
en exil et qu'on ne veuille
pas les associer aux discussions.
Ça c'est des données
à ne pas ignorer, il
ne faut rien minimiser en
politique. Quel accord signe-t-on
quand certains partis politiques
sont exclus des discussions.
Pourquoi refuse-t-on que les
syndicats du pays se prononcent
sur les conditions de la paix
durable? Il faut arrêter
les farces politiques.
Il faut une véritable
concertation de concorde nationale
qui associe les différents
acteurs politiques et la société
civile. Il faut avoir l'avis
des chefs religieux et des
chefs de villages ou des rois;
eux aussi sont des leaders
d'opinion qui peuvent apporter
leur contribution pour l'équilibre
social, car ils forgent les
mentalités du peuple.
C'est cette concertation de
concorde national qui, il
me semble, règlera
les questions politiques et
économiques ainsi que
les questions de justice sociale,
pour que le pays reparte sur
de nouvelles bases. On peut
vouloir la contourner aujourd'hui
mais ça finira par
là. Gagnons donc du
temps en commençant
par là.
Concernant les accords, ce
qui les fait échouer
ce ne sont pas forcement les
accords eux-mêmes dans
leur contenu intrinsèque,
mais ce sont les individus
qui confondent leurs intérêts
personnels avec les intérêts
du pays. Pour leur appétit
vorace, ils bloquent toute
la nation.
"Le
temps":Que pensez-vous
de l'opposition ivoirienne?
-Doumbia Major :
Un opposant qui se retrouve
au pouvoir n'est plus un opposant,
il devient un gouvernant.
Logiquement dans les démocraties,
le parti au pouvoir gouverne
et l'opposition s'oppose par
des propositions et contre
propositions. C'est d'ailleurs
pourquoi les partis politiques
reçoivent des financements
d'état avec l'argent
du contribuable, car ils participent
à faire avancer le
pays dans leur rôle
d'opposant.
Malheureusement en Côte
d'ivoire, nous pensons que
nous ferons parti des rares
partis d'opposition puisque
tous les autres ont des postes
ministériels dans le
gouvernement. Ils sont donc
mal placés pour critiquer
leur propre action collective.
Ils perdent de facto leur
rôle d'opposants.
"Le
temps":y-a t-il une vraie
opposition en Côte d'Ivoire?
-Doumbia Major :
C’est à vous
de juger.
Mais sachez que je ne mène
pas le même combat que
ces opposants dont vous parlez.
Je n'entre pas dans le schéma
de ces soi-disant leaders
politiques, tout comme je
ne peux pas suivre les camarades
de ma génération
qui ont fait le libre choix
de trahir la lutte de leur
génération.
Mon développement vous
fera comprendre pourquoi personnes
d'entres-eux ne peut m'acheter
et que je demeure non maîtrisable.
Vous devez savoir que chaque
génération a
son combat et qu'on ne fait
pas le combat de sa génération
par procuration, tout comme
on ne demande pas à
une génération
de faire le combat de notre
génération à
notre place.
Combattre pour sa génération
ou trahir le combat de sa
génération est
un choix libre que fait chacun
d'entres-nous.
Chaque génération
a son combat parce que chaque
génération a
sa réalité.
Pour vous en convaincre il
faut voir par exemple la génération
de Houphouët Boigny:
la réalité que
devait affronter la génération
de Houphouet Boigny, les Amani
Diori, Sekou Touré
et les autres était
la réalité de
la colonisation.
À leur époque
les Blancs dirigeaient directement
les noirs sur la terre des
noirs; ils ont combattu cette
réalité insupportable
et ils ont demandé
à diriger eux-mêmes
leurs compatriotes. C’est
ce qui a été
fait et ils ont mis en place
des partis uniques, ils ont
établi des régimes
de partis uniques, sans partage
de pouvoir ni démocratie.
Les gouverneurs Blancs ont
cédés la place
à des gouverneurs noirs
qui faisaient la pluie et
le beaux temps dans leur pays.
Sous ces régimes toutes
contestations internes étaient
matés dans le sang,
ils contraignaient à
l'exil leurs compatriotes
qui n'étaient pas d'accord
avec cela. Vous avez vu les
Laurent Gbagbo fuir pour aller
en exil, les Zadi Zaourou
qui étaient contraints
à la clandestinité,
les Bamba Moriféré
accusés de préparer
des coups d'états par
Houphouët.
La génération
d'Houphouët a fait un
combat contre le blanc pour
l'indépendance, mais
la réalité de
la génération
de Gbagbo Tanoe, Moriféré,
Zadi, Wodié et les
autres, était une autre
réalité.
Eux se battaient pour que
les gouverneurs locaux, qui
régnaient comme des
rois, sous le mode dictatorial,
puissent partager le pouvoir.
Cela correspondait à
leur réalité,
car ils n'acceptaient pas
en tant qu'élite, qu'un
de leurs semblables puisse
s'accaparer du pouvoir et
leur interdire de parler de
questions qui touchent le
pays et surtout que ce dernier
refuse de partager le pouvoir
avec eux.
C'est pourquoi ils se sont
battus pour le multipartisme
et la démocratie. Leur
combat n'était pas
forcement un combat pour le
bien être du peuple
mais un combat pour le partage
du pouvoir.
Contrairement à eux,
notre génération
est celle qui en 90 scandait
"Houphouët voleur"
dans la rue, lors des manifestations.
Nous crions Houphouët
voleur, pas parce que Houphouët
cambriolait nos appartements
ou qu'il piquait les sous
de nos poches, mais c'est
parce qu'on voulait que les
ressources collectives soient
redistribuées au peuple
et que chacun puisse profiter
de la manne collective. Les
yeux de notre génération
étaient ouverts et
comme on savait qu'Houphouët
ne pouvait pas corrompre tout
ce monde qui voyait clair,
on demandait qu'il soit mis
sur place un système
politique et économique
qui fasse en sorte que tous
les citoyens puissent profiter
et bénéficier
de l'exploitation des ressources
et richesses collectives.
Vous voyez que notre combat
est différent de celui
de la génération
d'Houphouët qui avait
affaire à l'homme blanc,
tout comme il est différent
de celui de la génération
de Gbagbo, Bédié
Ouattara et autres qui sont
dans des conflits de pouvoir
parce que c'est la réalité
de leur génération.
C'est des personnes qui sont
allés à l'école
et parce qu'ils sont allés
à l'école certains
d'entres-eux pensent que ça
leur donne le droit de diriger
leurs semblables et de profiter
des ressources du pays, sans
tenir compte du sort du peuple
qu'ils dirigent ou comptent
diriger.
Leur combat est différent
de notre combat, eux se battent
pour le pouvoir sans forcément
utiliser ce pouvoir pour changer
la vie de leurs concitoyens.
Nous autres avons une vision
différente de la leur.
La preuve en est qu'au moment
où nous parlons de
redistribution de ressources,
beaucoup d'entres-eux ont
été aux affaires
ou sont actuellement aux affaires
dans un gouvernement d'union,
mais vous n'entendrez jamais
aucun d'entres-eux vous parler
d'allocation de retraite pour
les paysans. Certains n'ont
même pas de projet de
société ou leur
projet de société
c'est le pouvoir, la revendication
de l'ivoirité ou le
combat contre l'ivoirité.
Aucun d'entres-eux ne vous
parlera d'allocation de survie
pour les handicapés
qui n'ont pas choisi de naître
handicapés.
Aucun d'entres-eux ne vous
parlera d'obligation de bancarisation
des citoyens: ils l'ont pas
fait quand ils étaient
au pouvoir et ce n'est pas
aujourd'hui qu'ils le feront.
Aucun d'entres-eux ne te parlent
des bourses d'études
pour nos jeunes, ils passent
plutôt le temps à
attribuer les bourses à
leurs connaissances et parents.
Dites moi encore celui d'entres-eux
qui parle de retraites pour
nos mères ou pères
qui vendent sur les marchés?
Aujourd'hui en Côte
d'ivoire un paysan dont la
plantation brûle se
retrouve sans aucune allocation
de l'état ou de la
caisse paysanne, pourtant
le ministère de l'agriculture
est géré par
un opposant. Les commerçants
et entrepreneurs n'ont pas
de retraites, et pourtant
!
Dites moi qui d'entres-eux
parle de l'obligation d'établissement
de bulletin de salaire pour
tous les citoyens qui travaillent,
que ce soit dans le secteur
privé ou public?
Qui d'entres-eux parle d'un
salaire minimum horaire pour
les travailleurs, qui sera
garanti par l'état?
Tout ça c'est le cadet
de leur souci, ce qui compte
c'est le pouvoir, le peuple
dans ça compte pour
du beurre, c'est un bouclier
dont chacun se sert dans sa
stratégie soit de conquête
ou de conservation de pouvoir.
On prend les Dioulas, les
Bétés, les Baoulés
ou les Attiés, en otage
en les montant les uns contre
les autres avec l'argument
tribal. On cultive et on entretien
la haine réciproque
chez-eux et comme ça,
on est assuré de les
utiliser comme du bétail
électoral, comme une
masse moutonnière,
mais en réalité
on ne fait rien pour la retraite
des paysans qu'ils soient
Dioulas, Bétés,
Agni, Gouro, Sénoufo
etc.
Ceux qui se battent ainsi
pour le pouvoir en prenant
le peuple en otage n'ont en
réalité rien
à cirer de la vie du
peuple. La preuve en est qu'eux
s'octroient des salaires immenses
alors que le peuple est dans
la misère. Ils achètent
des maisons de 500 ou 900
millions alors que le peuple
est dans la galère
et a du mal à se soigner
ou acheter un sac de riz.
L'important pour eux c'est
le pouvoir, pour profiter
des lucres et des privilèges.
Ils se foutent pas mal du
bien être du peuple.
Ils ne cherchent même
pas à savoir combien
d'emplois sont crées
ou perdu par mois dans le
pays : c'est le cadet de leurs
préoccupations. On
ramène même des
déchets toxiques pour
détruire la santé
et les vies du peuple.
Dans ce pays si tu perds ton
emploi tu n'as droit à
aucune allocation de chômage,
mais ça ils s'en foutent
tous.
Si tu n'a pas d'argent et
que tu te retrouves malade,
tu meurs si tu n'as pas de
famille, pour te soutenir.
L'état est défaillant
et l'opposition est sans projet,
elle n'est qu'aux aguets pour
prendre la place pour faire
comme ceux qui sont là.
Ça c'est de la convoitise
et non du militantisme. Le
pouvoir pour eux est l'occasion
pour satisfaire leur convoitise
ou régler leur compte
ou leurs haines qu'ils ont
vis-à-vis d'autres
personnes. Ils ne se battent
pas pour le peuple, ils se
battent pour le pouvoir en
prenant le peuple en otage.
C'est pourquoi lorsque le
peuple se rend compte de leur
supercherie, le peuple les
abandonne dans leurs conflits
de pouvoir et n'accepte plus
d'aller mourir pour eux.
Vous voyez ce combat là,
ce n'est pas le combat de
notre génération.
Notre génération
veut la mise en place d'un
nouvel ordre politique et
économique que nous
trouvons dans le slogan du
CPR dans les termes de "changement
positif".
Nous voulons la redistribution
équitable des ressources.
Nous voulons que tout le monde
ait la même chance d'entrer
à l'ENA sans payer
5millions pour entrer au cycle
supérieur ou sans avoir
besoin d'être recommandé
par tel ministre ou tel proche
du pouvoir. Nous voulons que
les concours de polices ou
de gendarmerie ne soient plus
payants et que chacun aient
sa chance lors de tous les
autres concours d'entrée
dans la l'administration.
Nous ne voulons plus que les
jeunes cadres, les fonctionnaires
ou les expatriés, soient
obligé de compenser
les insuffisances et le manque
de volonté des autorités
politiques qui refusent de
mettre en place un système
de santé solidaire,
une retraite pour les artisans,
commerçants, paysans
et entrepreneurs.
Le fait que l'état
refuse de jouer son rôle
entretien un cercle de pauvreté,
car ce sont les individus
qui doivent jouer le rôle
de l'état; même
ceux qui sont à l'étranger
doivent payer pour les incompétences
et la mauvaise foi des autorités
politiques.
Notre génération
est fatigué de voir
un état qui se préoccupe
peu du sort de ses propres
citoyens, c'est pourquoi nous
avons posé la redistribution
des ressources au cœur
de notre action; elle correspond
à la réalité
du combat de notre génération
et on ne va pas demander à
ceux qui se battent pour le
pouvoir de mener ce combat
pour nous.
Dans cette dynamique générationnelle,
si nous combattons l'ethnicité,
l'ivoirité et autres
formes de divisions tribales,
ce n'est pas que le combat
contre l'ethnicité
est notre objectif final.
Nous combattons l'ethnicité
et non une ethnie, c'est-à-dire
que nous combattons la stratégie
politique qui consiste à
prendre un groupe ethnique
en otage comme bouclier de
conquête ou de conservation
de pouvoir.
Pour nous le combat contre
l'ethnicité est une
étape qui doit aboutir
à l'unité des
masses exploités qui
doivent comprendre qu'on les
manipule en perdant leur temps
dans des querelles fratricides,
alors que ceux qui les utilisent
pillent tranquillement leurs
ressources collectives.
Vous voyez que le combat pour
la redistribution des ressources
va de paire avec le combat
contre l'ethnicité,
mais on ne peut pas réussir
ce combat en se confinant
soi-même dans un agrégat
ethnique. C'est d'ailleurs
pourquoi le CPR transcende
les ethnies et se pose comme
unificateur des tribus et
ethnies, qui doivent poser
ensemble le débat de
la redistribution des ressources
et de la justice pour tous.
Car, que tu sois un paysan
Guéré, Baoulé,
Bété, Ebrié,
Adjoukrou, Dioula ou Yacouba,
si tu n'as pas de retraite,
tu es logé à
la même enseigne que
celui que tu combats sous
prétexte qu'il est
d'ethnie différente.
Unissons-nous donc pour réclamer
notre dû, voila le combat
du CPR.
Voilà le combat de
notre génération
et c'est ce que certain d'entres-nous
n'ont pas compris. Ils se
sont trompés de combat
en croyant que notre combat
était d'aller partager
le pouvoir avec un régime,
sans rien changer dans la
vie du peuple.
Nous nous battons pour poser
les sillons de la modernisation
de ce pays, nous nous battons
pour la dignité de
chacun de nos concitoyens,
qui ont le droit d'avoir un
emploi et un salaire pour
nourrir leur famille et qui
ont le droit d'avoir un logement
pour mettre les leurs à
l'abri.
C'est pourquoi nous regardons
avec commisération
ceux de notre génération
qui, a plus de trente ans,
continuent de se faire passer
ou se font appeler "jeunes"
alors qu'ils sont vieux. Ils
ont choisi de soutenir les
groupes de vieux prédateurs
et vampires qui sucent le
sang du peuple. À eux
je dis ceci : camarades arrêtez
de vous laisser distraire
par des gens qui vous font
croire que vous êtes
jeunes pour vous maintenir
en marge du pouvoir. À
trente cinq ans passés
on est plus jeunes. Camarades
"jeunes" patriote
ou "jeunes" de parti
politiques; je ne suis pas
jeune, Blé n'est pas
jeune, le porte-voix actuel
de la rébellion n'est
pas jeune, KKB n'est pas jeune,
Karamoko n'est pas jeune,
encore moins Djué qui
est plus âgé
que nous autres qui sommes
des pères de familles.
Si vous avez décidé
de suivre les gens, en délaissant
le combat de votre génération,
faîtes le, mais arrêtez
de dire que vous êtes
jeunes à 40 ans : c'est
choquant et pas du tout responsable.
Venez vous joindre à
nous ou organisez-vous en
adultes responsables pour
mener le combat de votre génération.
Ne vous trompez pas de combat
en allant manger à
la soupe des prédateurs.
Sachez que chaque génération
a son combat et sa mission.
Nous avons choisi de mener
la notre sans trahir y compris
dans la douleur des privations,
c'est notre conviction, nous
la partageons sans haine ni
arrogance: c'est le peuple
qui aura le verdict historique,
c'est lui et lui seul qui
dira qui l'a trahi ou qui
l'a soutenu.
C'est en cela que nous invitons
tous ceux qui croient en ce
combat d'équité
et de justice à rejoindre
le CPR, car nous portons en
nous l'espérance du
changement positif et nous
ne le trahirons jamais, c'est
un engagement profond.
"Le temps": Bédié
et ADO peuvent-ils s'entendre?
-Doumbia
Major :
Ça c'est à Bédié
et à ADO de voir s'ils
peuvent s'entendre ou pas.
Ils sont tous deux libéraux
et ils viennent du même
parti. À ce qui semble
c'est seules des questions
de pouvoir qui les opposent
et non une divergence idéologique.
L'un a traité l'autre
d'étranger en créant
l'ivoirité l'autre
à réagit en
se mettant sous la protection
d'un groupe qu'il a crée.
Ce qui m'intéresse,
ce n'est pas les problèmes
de personnes c'est la situation
du peuple, car les conflits
entre Ouattara et Bédié,
ce n'est pas cela qui garanti
la vie de nos descendants
ou qui crée des emplois;
ce n'est encore moins pas
cela qui sortira la Côte
d'ivoire du sous-développement.
"Le
temps": d'aucuns disent
que leur union est un camouflet?
-Doumbia Major :
Chacun est libre de penser
ce qu'il veut. Ce qui est
important pour moi c'est de
voir comment chaque famille
ivoirienne fera pour avoir
3 repas par jour, comment
chacun va scolariser ses enfants,
la question du logement, les
questions d'emploi et de santé
pour mes compatriotes. Voilà
pour moi les questions essentielles
de la côte d'ivoire.
"Le
temps": Comment expliquez-vous
que tout le monde était
ligué contre Laurent
Gbagbo seul. Mais On n'a pas
pu le renverser?
-Doumbia Major :
Ça, il faut le demander
à ceux qui sont ligués,
peut être qu'ils n'ont
pas encore terminé
leurs discussions internes.
Peut-être que la discussion
continue pour savoir qui va
remplacer Gbagbo.
Quand des personnes qui se
disent hommes politiques se
réunissent et qu'ils
sont incapables de discuter
de programme ou de projet
de société commun
et qu'ils discutent plutôt
de partage de postes et de
ministères, ça
fait pitié pour un
pays comme le nôtre.
Comment voulez-vous que des
prédateurs puissent
s'entendre sur le bonheur
de ceux qu'ils considèrent
comme leurs proies.
Au lieu de penser à
faire des propositions pour
faire avancer le pays les
gens sont aveuglés
par des postes et des titres.
Le temps de se mettre d'accord
sur la façon dont ils
vont dépouiller les
ressources, Gbagbo entre-temps
est inamovible, il est "callé",
comme on le dit au pays. Le
problème n'est pas
une question de personne,
ou de remplacement d'un individu
par un autre, la question
c'est de savoir qu'est-ce
qu'on propose pour le peuple.
S'il doit y avoir une alternative,
celle-ci doit être crédible,
sinon ça ne sert à
rien pour le peuple.
"Le temps":A quand
votre retour en Côte
d'Ivoire?
-Doumbia
Major :
Mon retour c'est pour bientôt,
le CPR m'a choisi comme son
président, je dois
entrer pour organiser le congrès
de confirmation et faire une
tournée d'investiture
des structures qui sont en
train d'être mises en
place. Je serai bientôt
aux côtés du
peuple pour le soutenir dans
son combat, pour partager
ses joies et ses peines. C'est
ensemble que nous trouverons
des solutions au mal que vit
notre pays.
Je suis actuellement en train
de prendre, par l'entremise
de mon parti, des dispositions
avec les différents
acteurs de la vie politiques,
pour préparer ce retour.
Il n'y a jamais de système
de sécurité
à 100% infaillible,
mais mon Parti et moi-même
saisirons aussi les forces
impartiales afin que nous
puissions bénéficier
des mêmes conditions
de sécurité
que tous les autres responsables
politiques.
Nous saisirons toutes les
autorités politiques,
pour leur signifier notre
volonté de rentrer
au pays afin de participer
au débat démocratique;
pour parler des problèmes
du peuple dans le cadre d'un
parti légalement constitué
et respectueux des lois de
la République.
"Le
temps":Avez-vous peur
de venir?
-Doumbia
Major :
Non, loin de là, j'ai
une cause à défendre
c'est pourquoi je ne veux
donner le luxe et la joie
à certaines personnes
de me voir disparaître.
Je sais que le combat que
je mène est un combat
dangereux, car ce que je demande
c'est de mettre fin à
des privilèges et avantages
que tirent certaines personnes
de l'exploitation du peuple.
Je sais que ces personnes
sont dangereuses, car elles
sont comparables à
un chien qui a un os dans
la gueule et qui n'est pas
prêt à le lâcher
ou le partager. Vouloir le
lui arracher n'est pas une
chose facile, il est prêt
à bondir et à
mordre toute personne qui
songe à lui faire perdre
ce qu'il croit être
un acquis.
Dans la lutte, on n'a pas
peur de mourir puisque c'est
le sort final de chacun d'entre-nous.
Que ce soit maintenant ou
plus tard, la mort reste la
chose la plus certaine. Mais
dans un combat il faut voir
l'importance stratégique
des individus afin que leur
disparition n'entraîne
pas la fin de la lutte. Nous
sommes actuellement en train
de semer une graine, nous
sommes en train de semer une
idée dans l'esprit
du peuple, quand cette idée
va s'emparer des esprits et
deviendra une force matériel
qui va impulser le changement
pour les générations
à venir, je pourrai
partir en paix avec la satisfaction
d'avoir mené le combat
que je devais mener.
Avant cela mourir serait un
gâchis, car ce sera
permettre à des prédateurs
de continuer à piller
un peuple abandonné
face à son sort sans
leaders véritables.
Une grande partie de notre
peuple n'est pas encore capable
de faire des choix politiques
rationnellement fondés;
nous espérons atteindre
ce stade. Pour le moment notre
peuple est dans l'affectif
et ce serait dommage que je
fasse cadeaux de ma mort,
avant d'avoir terminé
mon travail de sensibilisation.
Vous voyez que cela n'a rien
à avoir avec le peur
de la mort. Dans ce pays les
uns et les autres me connaissent
et savent que je n'ai peur
de personne, c'est une question
de préservation de
mon intégrité
physique dans le but de garantir
la pérennité
d'une lutte qui ne fait que
commencer.
Avant de mourir je veux que
notre message passe, afin
que les générations
à venir ne se laissent
plus manipuler et que notre
peuple retrouve sa dignité.
C'est pour cela que je protège
mon intégrité
physique, car un combattant
mort n'est plus un combattant,
c'est une dépouille.
"Le
temps":l'article 12 de
la constitution dit qu'aucun
ivoirien ne doit rester en
exil?
-Doumbia
Major :
Vous me faîtes rire.
Je voudrais ouvrir une parenthèse
pour vous dire que j'ai participé
à l'écriture
de cette constitution, puisque
je faisais partie des membres
des commissions qui l'on écrite.
Il est vrai que nos positions
sur beaucoup de points ont
été réjetées par le front
patriotique mis en place par
Laurent Gbagbo, avec l'appui
de la frange haineuse et ivoiritaire
de ce qui restait du PDCI,
après la fuite de Bédié. Ce
front avait d'ailleurs repris
les thèses ethnicistes de
l'ivoirité, et ils ont réussi
à pousser le Général Guéï
à changer les textes qu'avait
adopter la commission des
sages qui avait été mis en
place. Le tout n'est donc
pas de parler d'une constitution
qui elle même a été mis en
place dans des conditions
passionelles et non rationnelles.
Vous devez savoir qu'on ne
souhaite pas l'exil pour soi;
c'est une contrainte existentielle
qui nous pousse à l'exil.
Puisque la loi dit que personne
ne doit rester en exil, alors
vous comprendrez que ce n'est
pas à moi un citoyen
ordinaire de faire appliquer
cette loi, c'est aux autorités
de veiller à ce que
la loi soit appliquée.
Elles doivent donc garantir
les conditions de notre sécurité
et de notre intégrité
pour que nous rentrions au
pays. Vous ne croyez tout
de même pas que je vais
rentrer au pays et que je
vais aller m'asseoir tranquillement
à Yopougon, pour que
le lendemain les gens simulent
un braquage pour me liquider
physiquement?
Bien de personnes ont tout
de même été
tué dans ce pays sans
qu'on ne sache jusqu'au jour
d'aujourd'hui qui les a tué;
je veux parler des gens comme
le comédien H, le médecin
Dakoury, le journaliste Kieffer
et bien d'autres.
Je demande donc au garant
de la constitution de veiller
à faire respecter cette
constitution aussi bien au
niveau électoral qu'au
niveau sécuritaire.
C'est l'application de cette
constitution que nous demandons.
Il revient de droit à
l'état de Côte
d'ivoire de créer les
conditions de ma sécurité.
Je rentre pour apporter ma
contribution à la paix
et aider à poser les bases
de la modernisation de notre
société.