Tiburce
Koffi répond à
l`interview de Soro Guillaume
dans JA: "Vous avez indiscutablement
échoué"
Source:
- publié par Le Repère
du vendredi 28 mars 2008
Dans sa livraison du 16 au
22 mars 2008, Jeune Afrique
nous a permis de lire une
interview de l`actuel Premier
ministre de Côte d`Ivoire,
Soro Guillaume. Le texte,
intitulé "Les
vérités de Guillaume
Soro", a dû retenir
l`attention de nombreux Ivoiriens
qui, comme moi, s`intéressent
de très près
à la politique qui
a cours dans leurs pays. Cette
interview, quoique professionnellement
bien menée (en ce sens
qu`elle a veillé à
toucher à des questions
essentielles de la vie politique
des Ivoiriens, en plus du
fait que le journaliste n`a,
à aucun moment de sa
démarche, franchi la
ligne de neutralité
indispensable à la
conduite d`une interview),
mérite cependant qu`on
s`y arrête pour questionner
encore les réponses
non satisfaisantes, poser
les questions non posées,
et dire le discours, libre,
que le cadre d`une interview
ne pouvait accorder au journaliste.
Commençons par n`importe
lequel des points abordés.
1
- De l`accord de Ouaga
M.
Soro, à l`instar du
chef de l`Etat Laurent Gbagbo,
en est satisfait - le contraire
aurait d`ailleurs étonné
plus d`un ivoirien. Je note
pour ma part la concomitance
de leurs propos, comme s`ils
s`étaient entendus
pour faire diffuser dans des
organes différents,
ces satisfécits qui
jurent cependant avec la réalité
des faits et les sentiments
de la population. Je rappelle
que le but ultime de l`accord
de Ouaga au terme de sa durée,
était d`amener le peuple
ivoirien aux urnes, à
l`issue de la réalisation
de plusieurs étapes
définies par un échéancier
clair et précis. On
sait qu`aucune de ces échéances
n`a été respectée
; mais on sait surtout que
la durée de cet accord
a expiré sans que son
but ultime soit atteint. En
matière d`évaluation,
on appelle cela " objectif
non atteint ". Par rapport
à l`horizon d`attentes
et d`espoirs suscités
par cet accord, on dit tout
simplement qu`on a échoué.
Un échec que l`on pourrait
expliquer ou même excuser
; toujours est-il que c`est
un échec parce qu`on
n`a pas atteint l`objectif
qui, je le répète
était de faire se tenir
les élections. Pourquoi
et comment donc MM. Soro et
Gbagbo, peuvent-ils nous abreuver
de satisfecits et nous faire
croire que Ouaga a rempli
la mission qu`il s`était
donné ? Pourquoi ne
pas reconnaître objectivement
cet échec, en déterminer
froidement les causes et tirer
sereinement les conséquences
de cette situation afin d`en
envisager une meilleure approche
?
Les
raisons que M. Soro énumère
pour justifier ce satisfecit
m`ont paru (et pour le moins)
discutables : ce sont, entre
autres d`importance moindre,
la qualité des membres
du gouvernement, la délivrance
des 380 000 jugements supplétifs,
la désignation de "
Sagem Sécurité
" comme opérateur
technique pour l`identification
et l`inscription de la population
sur les listes électorales,
la visite du chef de l`Etat
au Nord ; enfin, le démantèlement
de la zone de confiance. Examinons
ces raisons.
M.
Soro note : " Le gouvernement
que je dirige a une particularité
: il est composé de
représentants des six
plus grandes forces politiques
du pays. Prétendre
que cette équipe a
échoué revient
à dire que l`ensemble
de la classe politique ivoirienne
a échoué. "
Pour tout ivoirien, il ne
fait aucun doute que la classe
politique ivoirienne a effectivement
échoué ; et
il n`y a vraiment que M. Soro
seul, pour soutenir la thèse
contraire. La matérialisation
indiscutable de cet échec
est ce pays délabré
physiquement, économiquement
et surtout, sur le plan éthique.
Mais, pour tout ivoirien,
la preuve la plus parlante
de l`échec de la classe
politique ivoirienne est cette
rébellion qui a balafré
le pays, meurtri le corps,
l`esprit et l`âme de
ses habitants ; cette rébellion
dont un des porte-parole se
nomme Soro Kigbafori Guillaume.
Et il est plus que jamais
important que ce dernier sache
que, n`eût été
la peur de se faire tuer par
les rebelles (qui tiennent
toujours sous le joug des
armes nos populations du Centre,
du Nord et de l`ouest montagneux)
et par les hommes de Gbagbo
(qui sévissent en zones
sous contrôle gouvernemental),
il y a longtemps que ce peuple,
las des inconduites et irresponsabilités
de cette classe politique,
aurait envahi les pavés
pour hurler à la face
du ciel, son refus, tout son
refus de la voir présider
encore aux destinées
de ce pays.
Oui,
M. Soro Guillaume, je puis
vous dire et redire que le
peuple de Côte d`Ivoire
est vraiment fatigué
de cette classe politique
qui a ECHOUE, en signant son
passage par mille et un manquements
civiques, étatiques
et éthiques. N`entendez-vous
pas les ritournelles des chansons
zouglou qui, presque toutes
aujourd`hui, se font l`écho
des déceptions de ce
peuple las de vos turpitudes
traumatisantes et improductives
? Moi, j`entends chaque jour
remonter vers moi, les plaintes
et souffrances de toutes les
populations de Côte
d`Ivoire, même celles
du Nord - qui se sont enfin
réveillées de
l`illusion de l`ordre nouveau
que vous leur aviez promis
hier, en venant secouer la
Côte d`Ivoire des clameurs
de vos kalachnikovs. Oui,
M. Soro, cette classe politique
a indiscutablement échoué
!
De
la délivrance des 380.000
jugements supplétifs
Je
me demande bien si M. Soro
réalise la gravité
des propos qu`il a tenus,
à ce sujet : était-ce
pour un objectif aussi chétif
que celui-là, que l`on
a fait tout le tintamarre
de l`accord de Ouaga ? Etait-ce
pour délivrer 380 000
malheureux jugements supplétifs
à des gens de ce pays,
que l`on a pris les armes
contre ce régime et
la Côte d`Ivoire ? Il
me plaît de rappeler
aux Ivoiriens, aux rebelles
(ou ex-rebelles) surtout,
et particulièrement
à M. Soro Guillame,
que M. Charles Konan Banny,
qui n`avait pourtant rien
à voir dans cette sale
crise qui nous a tous éclaboussés,
était allé plus
loin que lui dans l`acte de
délivrer ces pièces
: sous la primature de M.
Banny, les audiences foraines
devraient, en effet, être
sanctionnées de manière
concomitante, par la délivrance
d`un certificat de nationalité,
afin de gagner du temps pour
la tenue des élections
certes, mais aussi et surtout,
afin de réparer, concomitamment,
la grave injustice qui avait
engendré la rébellion
: la citoyenneté ivoirienne
refusée à des
milliers d`entre les nôtres,
victimes d`une méchante
discrimination administrative.
Or,
que constatons-nous aujourd`hui
sur cette question ? Apparemment,
M. Soro Guillaume, affiche
moins d`ambition que M. Banny.
Je comprends donc que M. Gbagbo
puisse être content
et même fier de lui
; mais que Soro en soit lui-même
satisfait, cela me paraît
une attitude curieuse …
N`est-il
pas " déçu
par le faible nombre de jugements
supplétifs délivrés
par les audiences foraines
" - c`est le journaliste
qui pose la question ? "
M. Soro répond : "
Ce sont ceux qui ont fait
les estimations au départ
qui doivent les revoir à
la baisse. " Oui, vous
avez bien lu.
Question à la réponse
: qui a fait ces estimations
? Pas M. Gbagbo ni le FPI,
en tout cas. Mais bel et bien
ceux qui ont pris les armes,
ou bien alors ceux qui ont
armé les bras des enfants
de ce pays. Le Premier ministre
Guillaume Soro, à l`exercice
du pouvoir, veut-il nous dire
par là que ses compagnons
d`armes et lui s`étaient
trompés ? Est-il alors
en train d`inviter la rébellion
à revoir ses ambitions
à la baisse ? Qu`il
le dise donc, clairement !
Qu`il le confesse alors, avec
les mots du contrit, et qu`il
achève de disqualifier
cette hussarderie d`une nuit
blafarde de septembre 2002
qui n`a que trop duré.
Le
démantèlement
de la zone de confiance
M.
Soro fait aussi du démantèlement
de la zone de confiance, un
acquis positif de l`accord
de Ouga, car selon lui, "
la zone de confiance (…)
divisait le pays en deux ".
Le propos est gravement falsificateur.
Rectifions donc les choses.
Non, ce n`est pas la zone
de confiance qui (a divisé)
ou divisait le pays en deux.
C`est la REBELLION QUI DIVISAIT
et DIVISE toujours le pays
en deux. Et ceci n`est pas
une nuance, ni une vaine métaphore
: c`est cela la réalité.
La preuve de ce que je dis
là, est que, depuis,
le 16 avril (bientôt
un an donc) que cette zone
de confiance a été
démantelée,
les rebelles contrôlent
toujours les zones qu`ils
occupent, continuent de prélever
des impôts, gardent
leurs privilèges de
seigneurs de guerre. Récemment,
le général Bakayoko
a lancé un appel clair
et sans équivoque aux
rebelles en les invitant à
ne pas libérer les
maisons qu`ils occupent indûment
depuis 2002.
Pour nous Ivoiriens, la division
du pays, c`est cela : cette
gestion duelle de notre pays,
cette administration fantaisiste
et bâtarde, ces deux
légalités à
la fois formelles (la zone
sud) et informelles (la zone
sous contrôle des rebelles).
Et, tant qu`au démantèlement
de la zone de confiance, ne
succédera pas le désarmement
total et effectif de la rébellion
et des milices armées
de M. Gbagbo, tant que l`administration
du pays entier se fera dans
l`acceptation complaisante
et anti-républicaine
de la présence illégale
des rebelles aux postes de
commandes, le territoire ivoirien
n`aura pas été
réunifié.
Pour avoir été
ministre d`Etat dans le gouvernement
de M. Banny, M. Soro sait
très bien que le démantèlement
(qui ne posait aucun problème)
de la zone de confiance était
inscrit dans le programme
d`action de l`ex Premier ministre.
Mais, et à l`inverse
de la démarche de la
paire Gbagbo-Soro, M. Banny
concevait ce démantèlement
(facile à faire) comme
un des points de l`apothéose
qui sanctionnerait la paix
vraiment retrouvée
(par le désarmement
effectif) de la rébellion
et des milices de la zone
gouvernementale. Le démantèlement
de la zone de confiance n`est
donc pas un acquis de l`accord
de Ouaga. Il était
déjà un acquis
sous M. Banny. Evitons la
récupération
facile.
2
- De la violation de droits
de l`homme et des exactions
commises par la rébellion
et dénoncées
par Humain Right Watch et
le Haut Commissariat de l`ONU.
Interpellé
par le journaliste sur les
violations des droits de l`homme
par les rebelles, M. Soro
dit ceci : " Je regrette
la façon sommaire dont
ces organismes travaillent
: la rébellion ivoirienne
n`a jamais coupé de
bras, ni violé, ni
creusé des charniers
". Pour peu, M. Soro
nous dirait que la rébellion
n`a jamais tué ! Comme
c`est triste ! Allons, comment
faut-il expliquer à
notre Premier ministre pour
qu`il sache que tuer des civiles
désarmés est
un acte de violation des droits
de l`homme ? Et que cela justifie
une interpellation de l`ONU
et des organismes humanitaires
? Les Escadrons de la mort
du camp présidentiel,
tout aussi dénoncés
par L`ONU, n`ont jamais non
plus, violé, ni coupé
de bras. Leurs crimes sont-ils
moins des crimes pour autant
?
M.
Soro doit faire l`effort de
comprendre que l`inacceptabilité
d`un crime n`est pas fonction
du bras, de l`oreille ou des
testicules de la victime que
le criminel a laissé
(s) intact (s) (sans doute
pour d`insolites raisons esthétiques),
mais du principe même
du crime ; c`est-à-dire
l`acte de tuer un homme, d`ôter
(pour quelque raison que ce
soit) la vie à notre
semblable. C`est un acte prohibé
par toutes les cultures du
monde, du plus lointain de
notre Humanité naissante,
aux âges avancés
d`éclaircie morale.
Malgré nos égarements
actuels, nous Ivoiriens, sommes,
après tout, des gens
civilisés, bons et
gentils ; nous n`avons pas
de tradition du crime. Cette
guerre fut un malheur qui
nous est arrivé, et
nous devrions en être
gênés. Nous n`avons
pas à chercher à
justifier des tueries, ni
à établir une
hiérarchie esthétique
dans les manières de
tuer.
Et
puis, en réalité,
les viols de la rébellion
ne se content plus : les dépositions
des rescapées de l`enfer
de Bouaké, de Béoumi,
de Sakassou, Monoko Zohi,
de Guitrozon, etc., et des
contrées saccagées
et soumises par la rébellion,
sont encore dans nos mémoires.
Nous les avons entendues à
l`Assemblée nationale,
et en direct. Peut-être
que M. Soro ignore l`existence
de ces documents audiovisuels
qui font partie des archives
de la rébellion. Et
nous sommes un certain nombre
de (vrais) patriotes ivoiriens,
hier membres du ``bois sacré``,
à savoir où
elles se trouvent.
La
rébellion du Nord a
fait aussi des charniers -
c`est connu. Quoi ! Ces hommes
qui sont morts, étouffés
dans un conteneur surchauffé
sous un soleil canaille de
Korhogo, ces gendarmes désarmés
et exécutés
froidement à Bouaké,
puis enterrés dans
une fosse commune, tous ces
cauchemars de notre septembre
noir de 2002, relèvent-t-il
d`une banale esthétique
fictionnelle ? Non, M. Soro,
non !
3
- Du pillage des mines de
diamant de Séguéla
J`avoue
qu`ici, M. Soro m`a sidéré
dans la réponse qu`il
a donnée au journaliste.
Lisez-la : " Le diamant
a toujours été
exploité par la population
et par des trafiquants. Bien
avant la crise. J`ai dis aux
Forces impartiales que je
suis prêt à faire
surveiller cette mine si elles
me le demandent ".
Si je comprends bien, M. le
Premier ministre de la République
indépendante et souveraine
de Côte d`Ivoire, attend
des Forces impartiales, qu`elles
lui disent de prendre des
mesures pour faire arrêter
le pillage des richesses du
pays qui est placé
sous sa primature ! Question
: sont-ce les Forces impartiales
qui ont demandé aux
rebelles de piller le diamant
ivoirien pour le vendre dans
les pays limitrophes ?
4
- De ses liens avec des chefs
d`Etat africains
Ici,
M. Soro décline l`affection
et l`amour que ces chefs d`Etat
éprouvent pour lui.
Il dépeint le Président
Blaise Compaoré sous
les traits d`un patriote africain
" (qu`est-ce que cela
signifie ?) " qui a une
véritable vision de
l`avenir ! " Je ne sais
pas s`il est possible (à
part chez les géomanciens)
d`avoir une ``vision du passé``,
et à quoi cela correspondrait.
M. Soro nous dit aussi sa
fierté de compter au
nombre des filleuls bien-aimés
du Président Bongo.
Ecoutez-le nous en parler
sur des notes attendrissantes
qui feraient pleurer de repentir,
plus d`un opposant gabonais
: " Il faut approcher
Omar Bongo pour saisir toute
sa dimension (…) Il
n`a rien à voir avec
la caricature que les journaux
occidentaux font de lui (…)
Il s`est pris d`affection
pour moi et me traite comme
son propre fils. Je me réjouis
de cette relation. "
Demandons
tout simplement à M.
Soro s`il est sûr que
le gentil Président
Bongo se prendrait d`affection
pour un jeune gabonais qui
déclencherait une rébellion
armée contre l`institution
présidentielle gabonaise
! J`en doute. Tout comme je
doute fort que le Président
Bongo puisse présenter
Soro à la jeunesse
gabonaise comme exemple de
jeune à imiter ! Je
suis même certain que
le M. Bongo a pris soin d`expliquer
aux leaders d`associations
de jeunes de son pays, qu`il
ne faut surtout pas suivre
l`exemple de ce garçon
(Soro) qui a divisé
son pays en deux et en a retardé
la marche !!!
Ecoutez-moi,
monsieur Guillaume Soro Kigbafory
: du haut de mon droit et
devoir d`aîné
et d`enseignant (parce que
je suis votre aîné
et votre professeur), je vous
le dis fort, et sans aucun
tremblement de la plume :
" Vous êtes naïf
! "… comme dirait
l`autre que vous avez…
banni ! Si tous ces gens (Bongo,
Compaoré, Wade, Biya…),
vous aiment, c`est tout simplement
parce que vous avez créé
des problèmes à
votre pays la Côte d`Ivoire,
dont ils jalousaient, tous,
la réussite économique.
Grâce à vous,
ils peuvent, enfin, eux aussi,
rêver de grandeurs,
ou au moins, espérer
réduire le fossé
qui séparait la Côte
d`Ivoire d`eux. Grâce
à vous, la Côte
d`Ivoire est sur le point
de perdre le leadership dans
la sous région. Votre
rébellion les arrange
donc, M. Soro…
Non,
aucun d`entre ces chefs d`Etat
qui vous vouent aujourd`hui
amour et affection, ne souhaiterait
avoir dans son pays, un jeune
qui suivrait votre exemple
; parce qu`en réalité,
à leurs yeux, vous
êtes un mauvais exemple.
Vous n`êtes bon que
parce que vous détruisez
la Côte d`Ivoire et
que vous détestiez/détestez
Gbagbo… qu`ils détestent,
eux aussi. Et vous savez,
moi, de même, pourquoi
ils le détestent/détestaient
: parce qu`au départ,
Gbagbo n`avait pas voulu être
comme eux. (...) C`était
le temps de ``mon`` bon Gbagbo``,
le Gbagbo que j`avais suivi.
A présent, c`est réglé
: Gbagbo a décidé
d`être comme eux ; c`est-à-dire,
être un prédateur
de son pays, un facilitateur
de détournements de
deniers publics, d`enrichissements
illicites, un partenaire idéal
pour le vampirisme des ultra
libéraux qui pillent
et ravagent le continent africain
(…) ; bref, un serviteur
tropical de la bourgeoisie
comprador. Pis : un roi nègre…
comme les autres. Un bon roi
nègre, avec le goût
farfelu du luxe, la propension
à l`amusaille, la fragilité
face à l`argent et
aux compromissions faciles,
le culte de la personnalité,
la tentation de l`autocratie
- les présidents nègres,
tout bon président
nègre qui se respecte,
est un autocrate affirmé
et… aimé par
son peuple !
Voilà, cher cadet,
ce que sont vos modèles.
A votre âge biologique
(36 ans) ! L`enseignant et
l`aîné que je
suis, peuvent vous le redire
d`autorité.
5
- De ses ambitions politiques
M.
Soro nous dit : " S`il
y quelqu`un qui veut que les
élections se tiennent
au plus vite, c`est moi. L`accord
de Ouaga m`interdisant d`être
candidat, j`ai hâte
d`être au lendemain
du scrutin pour pouvoir enfin
exprimer mes ambitions pour
mon pays (…) Vivement
les élections qui vont
clore un cycle politique et
ouvrir la voie à de
nouvelles générations
".
Ces
propos montrent clairement
les insuffisances théoriques
de M. Soro dans la lecture
de sa propre trajectoire et
de l`histoire politique d`un
pays. Il croit, en effet,
qu`il appartient à
la génération
future d`hommes politiques
ivoiriens, porteurs d`espérances
nouvelles et nourries d`utopies
originales. Il ne sait pas
qu`en réalité,
dialectiquement et sur le
plan historique, il appartient
à la génération
présente de politiciens
enragés et ravageurs
qui ont porté le deuil
au cœur de la Côte
d`Ivoire, et dont les Ivoiriens
ne veulent plus. Il croit,
tout naïvement, que l`âge
biologique se confond avec
l`âge politique.
Nous
avons le droit et surtout
le devoir, d`instruire l`élève
et le cadet sur ces choses
précieuses et subtiles
qui ont (inévitablement)
échappé à
sa sapience. Non, M. Guillaume
Soro Kigbafory, vous n`appartenez
plus à une nouvelle
génération d`hommes
politiques ivoiriens. En réalité,
sur le plan politique, vous
êtes contemporain de
Gbagbo, Bédié,
Ouattara, Mme Diabaté,
Wodié. Vous appartenez
déjà à
un âge politique qui
(et là, je l`admets
avec vous) est dépassé,
et dont les Ivoiriens ne veulent
plus.
La
contemporanéité
dont je parle ici n`est pas
biologique ; elle est psycho
mentale et historique. Lorsque
vous aurez le temps de vous
faire enseigner un tout petit
peu les lois de la dialectique,
vous comprendrez cela : votre
champ de conscience historique
est, en réalité,
le même que celui de
MM Gbagbo, Bédié,
Bongo, Ouattara, Biya et autres.
Le fait même que vous
soyez le filleul de chacune
de ses personnalités
politiques est, à cet
égard, significatif
; mais c`est encore plus significatif
et même dramatique que
ces personnalités-là,
soient vos modèles.
Enfin
mon dernier conseil : cherchez,
jeune homme, à vous
repentir pour tout le mal
que vous et vos adversaires
et partenaires avez fait à
cette terre de Côte
d`Ivoire, avant de songer
à en devenir un jour
le chef. C`est un conseil
d`Initié aux choses
de l`ombre. Si vous ne suivez
pas ce conseil, jeune homme,
vous finirez mal. Très
mal, je vous le dis.
De
Paris, et en lutte pour la
libération et la renaissance
de mon pays…
Tiburce
Koffi
Ecrivain, enseignant